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John BRAHAM

1774 – 1856

Aussi [Master Braham] [Master Abraham] [Master Abram] [Giovanni]

Orphelin et d'extraction très modeste, ce ténor devient l'un des plus connus de l'histoire du chant. Il fut il est vrai extrêmement populaire à Londres, et les notices biographiques ne manquent pas à son sujet. Il faut néanmoins préciser, bien qu'on le présente comme un chantre du romantisme naissant, qu'il fut d'école complètement classique.

C'est même dans un style assez daté qu'il se fait remarquer, enfant, en interprétant l'un des airs favoris des Britanniques, The Soldier Tired d'Arne, en 1787 à Drury Lane. On signale alors que cet élève du chanteur Leoni fait sa toute première apparition sur scène, et les journaux identifient immédiatement son potentiel. Il retrouve ce théâtre sporadiquement, comme chanteur ou pour des rôles parlés.
Sa voix ayant mué, il enseigne le piano et continue de travailler le chant. En 1794, le vieux castrat Rauzzini le repère lors de concerts à Bath, et l'aide à progresser dans le style virtuose. En 1796, le voici donc à Londres dans Mahmoud de Stephen Storace, avec Michael Kelly – ancien élève de Rauzzini – et Nancy Storace, à laquelle il se lie. Elle lui donnera un fils, Spencer. L'année suivante, il paraît sous le nom de Giovanni Braham pour incarner Silvio dans L'Arbore di Diana ; mais comme beaucoup d'aspirants chanteurs, il sent que c'est en Italie qu'il lui faut faire ses armes, et Nancy l'accompagne.

En 1798, Braham paraît d'abord à Florence, par exemple dans Il Trionfo di Clelia de Nasolini, comme second ténor derrière Adamo Bianchi. Il passe ensuite par Gênes, Milan (opéras bouffes et sérieux, dont Il Ritratto de Zingarelli avec Nancy) en 1799, puis Livourne, Gênes à nouveau, et Venise en 1801. Il s'est déjà hissé en tête des distribution, et donne des œuvres de Cimarosa et Paisiello avec le castrat Mattucci.

John BrahamBraham retrouve ensuite Covent Garden où son succès ne se dément plus pendant de longues années. Il a coutume, dans ce répertoire semi-sérieux anglais, de composer la musique de ses rôles, parfois en collaboration avec William Reeves, ou encore Corri, Addison et King, par exemple Family Quarrels en 1802. Il chante aussi dans des synagogues et en concert. Braham n'abandonne par complètement le répertoire italien, serio et buffo, et incarne notamment Sesto dans La Clemenza di Tito pour la création britannique de l'opéra de Mozart, en 1806, avec une Billington fatiguée. Séparé de Nancy en 1815, il est impliqué dans divers scandales amoureux publics, et se fait même huer lors d'une représentation d'un oratorio de Haendel. Il épouse une Mlle Bolton en 1816. En 1818, Braham compose et chante encore, cette fois avec en outre des musiques de Henry Bishop, dans Zuma or the Tree of Health. Ses compositions sont données jusqu'à New York ! En 1824, le ténor est le premier à chanter Max du Freischütz de Weber en Grande Bretagne, dans une traduction anglaise (The Seven Bullets). Weber écrit expressément pour Braham le redoutable rôle de Huon dans Oberon, dans l'original anglais de 1826. Il continue à interpréter le répertoire léger britannique, et on le retrouve encore en 1836 dans The Village Coquettes de Hullah. Mais dès les années 1830, des investissements malheureux dans des théâtres dilapident sa fortune. Son étoile pâlit et il assure des rôles de barytons, et part en tournée avec son fils Charles, également vocaliste. John participe à un concert de la deuxième symphonie de Mendelssohn à Birmingham, en 1840. Il apparaît une dernière fois en scène à l'âge de 78 ans !

N'apparaissant que marginalement au King's Theatre et dans le genre italien (notamment les classiques Una Cosa rara, ou encore Orazi e Curiazi), Braham était clairement le chantre de l'opéra britannique, y apportant cette parfaite virtuosité héritée du répertoire rococo que les Londoniens adoraient depuis l'Artaxerxes d'Arne. Son penchant pour le chant orné était tel qu'il fut souvent critiqué pour son manque de simplicité, par exemple en 1804 :
Braham est effectivement incomparable dans cet opéra. Nous n'aspirons qu'à plus de simplicité. Cet artiste serait des plus captivants, même pour une oreille non instruite, s'il laissait un peu voir l'étoffe qu'il charge de broderies.
Lord Mount Edgcumbe lui reconnaît une voix d'une extrême qualité, mais regrette un goût italianisant pour les envolées fréquentes dans un falsetto déplaisant à ses oreilles, l'excès de fioritures, ou à l'inverse un chant à l'anglaise : grossier et vulgaire. Au fil des ans, son jeu s'améliore, son style devient plus épuré, et sa voix plus puissante ; et malgré les réserves, il est localement considéré comme l'un des meilleurs chanteurs d'Europe. Notons que sa confession lui a souvent valu des attaques antisémites plus ou moins voilées et violentes.

Artemisia Araspe D. Cimarosa 1801 Venise
> trio Ti calma... tremante, confusa A. Oliver, Philharmonia Orchestra dir. D. Parry – 100 Years of Italian Opera 1800-1810, CD Opera Rara
Oberon Huon de Bordeaux C. M. Weber 1826 Londres
  J. Kaufmann, orchestre révolutionnaire et romantique dir. J. E. Gardiner – CD Philips