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Margherita SALICOLA

ca 1660 – ?

dite Margherita la bella

Aussi [-Suini] [Salicoli] [Margherita di Sassonia]

On sait peu de choses sur l'origine de cette remarquable cantatrice, probablement née au début des années 1660 (à Bologne ?). Ses parents sont musiciens et sa sœur Angiola l'accompagne régulièrement sur scène, même si Margherita est la plus remarquable des deux.
Sa carrière débute probablement à Modène vers 1680.
On la retrouve à Venise en 1682, notamment dans Lisimaco riamato d'Alessandro de Legrenzi avec sa sœur ainsi que Rivani, Clementin Hader et Francesco De Castris. L'année suivante la mène à Bologne et Reggio où elle figure en tête de distribution. Sa présence est de nouveau attestée à Venise en 1683 (avec Cortona, Bovi, Ballarini...) et 1685, sans doute dans Penelope la casta de Pallivicino, et Salicola retient l'attention de l'électeur de Saxe présent dans la ville, jusqu'à devenir sa maîtresse. Mais la diva est déjà au service du duc de Mantoue, qui prend très mal qu'elle se rende à Dresde alors que l'électeur de Saxe n'a pas même sollicité la permission de lui « emprunter » la cantatrice. Ferdinando Carlo retient la famille Salicola (les parents et Angiola) et provoque le prince-électeur en duel, ce qui lui est refusé : les princes font la guerre, et non des duels ; si le duc souhaite récupérer Margherita, qu'il vienne la chercher ! Il faut la médiation de l'électeur de Bavière pour calmer la situation : la soprano est ainsi cédée à la cour de Dresde, et les apparences sont sauves.

Elle demeure un peu moins d'une dizaine d'année en Allemagne, où le détail de ses prestations est peu connu. D'abord surtout employée pour la musique de chambre, elle paraît dès 1686 dans un Alarico, et l'année suivante dans La Gerusalemme liberata. On sait qu'elle se produit à Munich en 1688, avec les castrats Hader, Cortona et Chiaravalle. Elle est à Dresde l'année suivante dans un Antiope, et suscite la convoitise de la cour de Hanovre – en vain.

La première trace d'un retour en Italie est datée de 1695 : Margherita a alors épousé Marc'Antonio Suini. Elle apparaît ainsi à Milan, et se voit courtisée par tous les théâtres du Nord de l'Italie, alors qu'elle est passée au service du duc de Parme... pour mieux rejoindre la cour de Modène en 1697. On admire la cantatrice à Reggio, notamment dans Oreste in Sparta de Pollarolo (1697) mais aussi La Caduta dei Decemviri de Ballaroti (1699) et Tito Manlio de Gianettini (1701). Salicola se produit naturellement à Modène, comme en 1697 dans Amore fra gli impossibili de Gigli, ainsi que Turin, Plaisance et sans doute Vienne.
La soprano accepte enfin de retourner à Venise – elle avait décliné maintes invitations en prétextant que l'air y était mauvais pour elle – pour la saison du carnaval 1703-04 et en 1705, chantant plusieurs opéras de F. Gasparini dont La Fredegonda. Ses partenaires ne sont pas des moindres, puisqu'elle partage l'affiche avec les castrats Pistocchi, Tempesti, ou encore Domenica Pini. En 1705, Salicola est à Florence et passe au service du duc de Toscane. Là encore, son chant ravit mais le déclin est entamé et en 1709, elle est obligé d'adresser une supplique : il semblerait qu'elle ne soit plus payée. La cantatrice finit par bénéficier d'une pension jusqu'en 1717, année probable de sa mort. Son nom glorieux encore dix ans auparavant (elle est citée dans Der Carnaval von Venedig de Keiser à Hambourg en 1707) est alors déjà oublié.

Cet oubli perdure et le nom de la Salicola est aujourd'hui inconnu, à l'instar d'autres divas de son temps comme la Tarquini, la Torri-Cecchi ou Barbara Riccioni. Son talent était absolument remarquable, et le nombre de ses employeurs prestigieux devait faire envie à plus d'une rivale. R. Celletti souligne la virtuosité de son rôle dans les partitions de Pallavicino, annonçant les prouesses techniques des années 1700.