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Anna Maria PICCINELLI

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dite La Francesina

Aussi [Maria Anna] [-Veziani] [-Verziari] [Vezian] [Vésian] [Marie] [Anne]

Soprano italienne d'origine modeste, Maria Piccinelli arrive à s'imposer dans toutes sortes de répertoires, et sur les grandes scènes.

En 1760, la virtuose accompagne la Gabrielli et le castrat Manzuoli à Vienne pour Alcide al bivio de Hasse, dans le rôle d'Aretea, et crée Pallas dans Tetide de Gluck.

On l'emmène à Paris où elle débute en 1761 dans une comédie italienne sur mesure : La Cantatrice italienne, donnée à l'hôtel de Bourgogne – elle ne parle alors pas français. D'autres pièces suivent, avec succès, comme La Nouvelle Italie, et la cantatrice s'impose comme prima amorosa de la scène parisienne jusqu'en 1766. On célèbre essentiellement son chant d'essence séria et sa grâce, mais aussi son jeu – P. Verri rapportera plus tard qu'elle a étudié avec la Clairon, mais Goldoni la juge mauvaise actrice. Ce dernier participe toutefois à certains de ses succès parisiens, avec notamment La Buona Figliuola mise en musique par Duni.
De cette période parisienne date l'épisode souvent relaté (notamment dans une lettre de Favart à Durazzo) des "quatre mères" : abandonnée par sa génitrice, Anna Maria reçoit le lait d'une femme qui finit par vendre la belle enfant à une troisième tutrice. Celle-ci lui offre une belle éducation, mais la jeune fille a d'autres projets que le mari qu'on lui présente et se choisit une quatrième mère adoptive, celle-là même qui l'emmène à Paris. On raconte que ces quatre mères se retrouvent en 1762 chez la chanteuse pour lui soutirer de l'argent, ce à quoi Anna répond en renonçant à toutes. Elle prend alors pour mari François Vézian, frère d'un demoiselle de la Comédie italienne, mais le mariage n'est guère heureux. Anna Piccinelli retrouve alors l'Italie.

À Florence, elle reprend La Disfatta di Dario de Cafaro avec Clementina Spagnoli ; en 1766, elle donne Demofoonte de Guglielmi à Trévise ; en 1767 elle chante Ezio de Bertoni à Venise avec Guadagni et le ténor Afferri. Elle prend un rôle écrit par Mysliveček pour la Gabrielli à Sienne, la même année. Piccinelli chante plusieurs opéras de Traetta, dont Il Tributo campestre avec les castrats Solzi et Potenza, et le ténor Pietro De Mezzo, ainsi que le rôle titre d'Ifigenia in Tauride à Milan en 1768. La soprano participe aussi aux opéras inspirés de la tragédie lyrique française et incarne Phèdre dans Ippolito ed Aricia, avec Elisi et Gabrielli ; le rôle manque néanmoins de relief par rapport à l'original, même s'il flatte sa haute virtuosité.

Maria Anna retrouve l'opéra bouffe à Venise et crée L'Americana in Olanda d'Anfossi en 1778 avec Benucci, le dramma giocoso Gli eroi dei Campi Elisi de Traetta l'année suivante puis Il Bon Ton de Schuster en 1780 avec Francesco Bussani. On la retrouve également dans Castore e Polluce de Bianchi, en Febe. Elle touche alors à la fin d'une belle carrière.

Lorsque Calzabigi suggère de grands noms de tragédiennes pour créer le rôle d'Alceste, il cite la Mingotti et la Francesina : il est fort probable qu'il s'agisse de Mlle Piccinelli.

Il convient de distinguer la présente Maria Piccinelli, une certaine Anna Maria Piccinelli qui chante notamment à Prague dans la troupe de Denzio au cours des années 1720, et Maria Anna Piccinelli, chanteuse bouffe renommée de la génération suivante, et également surnommée la Francesina. De celle-ci, certaines sources (Zinzendorf, notamment) font la sœur cadette de la cantatrice qui nous intéresse ici, d'autres en font la fille. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse de deux chanteuses supplémentaires, du reste.

Ippolita ed Aricia Fedra T. Traetta 1759 Parme
  L. Claycomb, Les Talens lyriques dir. C. Rousset – retransmission de concert
Alcide al bivio Aretea J. A. Hasse 1760 Vienne
  H. Kordes, La Stagione Frankfurt dir. M. Schneider – retransmission de concert, festival de Halle 1998