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Maria Maddalena MUSI

1669 – 1751

dite la Mignatti

Aussi [Mignatta]

On prête à cette fameuse cantatrice des origines bolonaises.
Au moins dès 1688 et probablement antérieurement, la soprano est au service du duc de Mantoue, mais se produit régulièrement dans les théâtres italiens, notamment à Reggio Emilia, Venise, Milan (L'Aiace de Magni en 1694) et Bologne, déjà très bien payée. En 1694, elle chante La Forza della virtù dans sa ville natale, sur une musique de Perti et accompagnée du castrat Cortona. Elle reçoit en récompense de sa prestation un grand bassin d'argent rempli de sonnets en son honneur reliés et frangés d'or. Mais un soir, alors qu'elle aborde le théâtre au bras de son protecteur, l'entrée est refusée à ce dernier. En signe de représailles, la Mignatti ne pénètre pas non plus l'édifice ; il s'agissait peut-être d'une cabale puisque immédiatement, sa rivale la Nannini est présente pour assurer la représentation. Le scandale lui offre néanmoins une belle publicité et l'année suivante, elle chante Nerone fatto Cesare de Perti avec Pistocchi, tandis qu'un somptueux Perseo d'auteurs variés en 1697 lui permet de côtoyer les meilleurs chanteurs du moment. Elle était en outre passé par Florence l'année précédente pour créer Manlio dans le Tito Manlio de Pollarolo. La Mignatti se fait même entendre en concert à Rome, où les femmes sont interdites sur scène, chez le comte D'Altamira.

Ses nombreux succès à Bologne ne l'empêche pas de conquérir le Sud, et la soprano a tôt fait de devenir un pilier du San Bartolomeo de Naples : en 1696 elle y crée l'un des succès les plus éclatants et durables de l'époque avec Il Trionfo di Camilla, regina de' Volsci de G. Bononcini. Entourée de la Tarquini, de Cortona et de Barbara Riccioni, elle chante en travesti le rôle du soupirant Prenesto. En 1697, 1698 et 1700 elle s'y produit dans des opéras d'Alessandro Scarlatti : La Cadutà de' Decemviri, Il Prigionier fortunato et L'Eraclea, avec notamment Matteuccio, Nicolino, la basse bouffe Cavana, la Nannini et la Tarquini. En 1699, elle chante également le rôle titre de Cesare in Alessandria d'Aldrovandini face au Ptolémée de Nicola Paris.
À Bologne, toutefois, c'est l'époque où Diamante Scarabelli, autre citoyenne de la ville et brillantissime virtuose, charme le public au point d'évincer la Mignatti. Cette dernière est cependant loin d'être hors course : lorsque l'impresario Marconi dresse une liste des interprètes envisageables pour Le Due Auguste d'Aldrovandini, il note que la Diamantina est à Turin et gagne environ 6000 lires, tandis que la Mignatti « supérieure à toutes », chante à Naples pour 11000 lires ! Les prétentions financières de Maria Musi sont de fait devenues trop importantes pour Bologne.

En 1703, après une vingtaine d'années de carrière, Maria Maddalena Musi épouse le vieux musicien Pietro degli Antoni, apportant une dot considérable. Il est fort probable que ce mariage marque la fin de ses apparitions scéniques, activité alors jugée fort peu respectable. L'ancienne cantatrice aspire à une meilleure reconnaissance sociale, ce que raillent certains poèmes de l'époque, comme celui-ci :

Mi fa venir rossore
il marì della Mignatta,
che così ben la tratta
da damazza.
Una povera mattazza
ch'è poco che cantava,
adesso se la cava
da signora.

La Mignatti termine ses jours à Bologne, et laisse une large part de ses richesses à l'Église.
Sa voix était celle d'un véritable soprano, tandis que sa contemporaine Vittoria Tarquini, par exemple, disposait plus typiquement de moyens proches du mezzo-soprano. Dans l'opéra de Bononcini, Prenesto est de loin le rôle le plus riche en coloratures, avec des mélodies fraîches : on imagine le charme de la cantatrice dans cette partition. On peut enfin s'interroger sur sa propension à endosser les rôles masculins.

Il Trionfo di Camilla Prenesto G. Bononcini 1696 Naples
  A. Grimm, Ensemble La Borea dir. Jos van Veldhoven – retransmission de représentations, festival d'Utrecht, 1997
L'Emireno Emireno A. Scarlatti 1697 Naples
> Quasi intégralité du rôle A. Borciano, Musica fiorita dir. D. Dolci – Rosinda ed Emireno, CD Pan 2014