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Giulia MASOTTI

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dite La Dori

Aussi [Vincenza Giulia]

Giulia Masotti s'impose comme l'une des prime donne les plus demandées de son temps, auréolée d'une gloire qui fait courir les foules et pâlir les autres chanteurs.
Celle qu'un admirateur nomme la sirène du Tibre est originaire de Rome. Elle y est notamment au service du cardinal Sigismondo Chigi, qui l'autorise à se produire ailleurs en Italie, comme à Sienne en 1668-69, où elle chante Argia de Cesti. L'une des belles-sœurs de Chigi se fait écho de l'effet produit par son arrivée :
Hier, la signora Masotti est arrivée chez les Della Ciaia, où nous sommes allés pour une fête donnée le soir même, et en vérité elle chante très bien, avec beaucoup de présence et de facilité, mais à part cela c'est vraiment une fille laide, à moitié vêtue comme un homme. Je suppose que c'est bien pire encore quand elle s'habille en femme. Un grand nombre de dames et de gentilshommes étaient venus l'écouter.

Masotti chante aussi pour Christine de Suède et la princesse de Savoie. C'est néanmoins à Venise qu'on l'entend le plus sur scène : elle y paraît très régulièrement au cours des années 1660 et au début des années 1670.
Giulia Masotti est engagé au SS Giovanni e Paolo de Venise en 1667 : son renom est tel que son partenaire le castrat Cavagna craint de paraître face à elle. Elle affronte aussi la concurrence d'Antonia Coresi ; on les admire dans L'Alciade de Ziani – opéra qui ne plaît guère à la chanteuse, qui réclame de chanter Cesti, l'un de ses auteurs fétiches. La production suivante est donc une reprise de La Dori, dont le rôle titre est l'une des incarnations majeures de Masotti, au point qu'elle est parfois surnommée comme la protagoniste : elle avait déjà repris le rôle dans la Sérénissime dès 1663. Elle chante aussi apparemment à Venise entre 1669 et 1671, et donne des opéras de Boretti, dont Domitiano plus tard encore en 1673. Sa présence répétée à Venise s'explique simplement : il s'agit à l'époque d'un centre musical de premier ordre avec une industrie culturelle déjà bien rodée pour l'opéra ; les scènes romaines sont en outre interdites aux femmes ; enfin elle dispose d'appuis auprès de la noblesse vénitienne.

1673 marque toutefois le départ de Giulia Masotti pour Vienne, où elle est engagée comme chanteuse impériale en pleine possession de ses moyens, et vite très appréciée de l'empereur Léopold et son épouse. Elle y chante par exemple Il Ratto delle Sabine de Draghi en 1674, et probablement de nombreuses autres partitions de ce compositeur : c'est encore le cas du Palladio in Roma en 1785, avec le castrat Clementino Hader. Les distributions sont malheureusement documentées à cette époque...

L'époux de sa rivale, le ténor Nicola Coresi, la signale comme « La più superba donna che sia al mondo » ; il est vrai que fière et présomptueuse, la Masotti monnayait chèrement ses talents, en empochait les cachets les plus importants de l'époque pour une femme.

La Forza delle stelle Damone A. Stradella 1677 Rome
  N. Tabbush, Mare nostrum dir. A. De Carlo – CD Arcana 2014