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Caterina GABRIELLI

1730 – 1796

dite la cochetta

Aussi [Gabrieli] [La cochettina] [Coghetta] [Goghetta] [Cuoghetta]

Cette immense cantatrice est l’une des plus connues de son siècle, et sans doute la plus fêtée de son époque. On peut aisément trouver des descriptifs très détaillés de sa carrière, et surtout les nombreuses anecdotes qui émaillèrent sa vie, dues à son esprit libre et son caractère fantasque, qui choqua ses contemporains. Elle fut exclue de plusieurs villes italiennes pour « mauvaise conduite » !

Caterina Gabrielli naît à Rome. Son père est cuisinier du prince Gabrielli, d'où son surnom de « petite cuisinière ». C'est ce prince qui lui fait donner ses premières leçons, et son nom de scène. Cependant, dans la mesure où son frère Antonio et sa sœur Francesca portent le même nom de famille, on peut supposer que Gabrielli était également son nom de naissance. Francesca chante d'ailleurs souvent avec Caterina comme seconda donna.
On suppose que la Gabrielli débute vers 1747 à Lucques ou, selon d'autres sources, dans la Didone de Jommelli à Naples trois ans plus tard. Ce qui est certain c'est qu'en 1754, elle chante un second rôle de l’Antigona de Galuppi à Venise. Son caractère est déjà bien trempé : on interdit à la noblesse vénitienne de la fréquenter.

Prenant conseil auprès de Porpora, un des plus prestigieux maîtres de chant de l’histoire, elle poursuit une carrière dont le succès se confirme rapidement et l’amène à Vienne, où elle crée des œuvres de Gluck (L’Innocenza giustificata, La Danza, Il Re pastore, Tetide) entre 1755 et 1760, ainsi que Hasse et d’autres. Métastase, dès 1755, la décrit comme l’astro novello del cielo musicale. Le fameux librettiste la prend sous son aile et la recommande auprès de son ami Farinelli pour Madrid, tout en le mettant en garde contre le caractère difficile d'une cantatrice déjà trop consciente de sa valeur ! Gabrielli ne se rendra jamais en Espagne, où elle est conviée.

Outre Vienne, elle parcourt toute l’Italie : Lucques, Parme, Turin, Milan, Naples, Rome, Venise, Palerme… La soprano y interprète les meilleures compositions de l’époque, signées Sacchini, Hasse, J. C. Bach, Piccinni, Jommelli, et ses compositeurs de prédilection : Traetta et Mysliveček. Elle entretient une relation privée avec ce dernier, qui lui compose un célèbre air avec cors dans Il Bellerofonte, opéra où chante également Anton Raaff. Son comportement libre, impétueux et capricieux la fait chasser de plusieurs villes, où elle multiplie les intrigues amoureuses, notamment avec le castrat Giacomo Veroli.

Une des anecdotes la plus célèbre concernant la soprano se déroule à Palerme, en 1771. Le vice-roi se rend au théâtre un soir où, mal lunée, la Gabrielli chante à mi-voix. On lui intime l'ordre de donner la pleine force de ses moyens, mais elle refuse, au point qu'on la jette en prison. Elle y séjourne une douzaine de jours, pendant lesquels elle se montre généreuse avec les détenus à qui elle chante tout son répertoire ! La cantatrice est acclamée lorsque le vice-roi la libère, penaud.

Elle fait un passage remarqué à St-Pétersbourg à partir de 1772, où elle défie Catherine II par ses prétentions financières immenses et son effronterie. Elle enchante pourtant dans les rôles que Traetta lui écrit là-bas dans Antigona, Lucio Vero, Amore e Psiche… Pour la saison 1775-76, elle est à Londres. Le public anglais l'accueille triomphalement, et Burney estime avoir alors rencontré la plus intelligente et la plus cultivée des virtuoses. Certes, l'Agujari a de plus amples moyens, et Cecilia Davies peut se montrer presque aussi agile, mais l'expressivité, la précision et le fini de ses agilités sont sans rivales, d'autant qu'elle peut encore compter sur une belle prestance en scène, et un « très joli visage. » Notons qu'à Londres, la Gabrielli participe à l'opéra bouffe, comme La Buona Figliuola, même si elle débute dans un Didone abbandonata.

Mozart l’entend en fin de carrière, en 1778, et n'est pas du même avis : il trouve qu'elle « chante avec art mais sans intelligence. » Mais il avait en tête une autre soprano, du nom d’Aloysia Weber…

Elle finit ses jours à Rome, dans l’opulence, après son retrait des scènes en 1782.

Sa voix était d’une virtuosité stupéfiante et son arrogance à la hauteur de ses talents. Les parties écrites pour elle exigent un aigu facile et une très grande virtuosité. Lalande, dans son Voyage en Italie, lui prête une étendue du sib2 au la5 (contre-la) ! Outre ses dons et sa technique, Gabrielli savait saisir le public par son expression et son jeu, d'autant qu'elle n'était pas laide. Elle est représentée ci-dessous dans la célèbre gravure d'Antonio Fedi où figurent les étoiles du chant du siècle entier, entourée des ténors Maffoli, Mombelli et Babbi.

Maffoli

La Danza Nice C. W. Gluck 1755 Vienne
  Warsaw Chamber Opera Orchestra dir. T. Bugaj – CD Orfeo
L'Innocenza giustificata Claudia C. W. Gluck 1755 Vienne
  M. Bayo, Cappella coloniensis dir. C. Moulds – CD Deutsche Harmonia Mundi 2004
Il Re pastore Elisa C. W. Gluck 1756 Vienne
> duo Vanne a regnar ben mio Classical opera company dir. I. Page – Blessed spirit, a Gluck retrospective, CD Wigmore Hall Live, 2010
Ippolito ed Aricia Aricia T. Traetta 1759 Parme
  P. Ciofi, Orchestra Internazionale d'Italia dir. D. Golub – CD Dynamic
P. Ciofi, Les Talens lyriques dir. C. Rousset – retransmission de représentations, Montpellier
La Clemenza di Tito Vitellia B. Galuppi 1759 Turin
  M. González, Orchestre Baroque de Savaria dir. F. Pirona – CD Hungaroton 2008
Alcide al bivio Edonide J. A. Hasse 1760 Vienne
  M. Rüping, La Stagione Frankfurt dir. M. Schneider – retransmission de concert, festival de Halle 1998
Armida Armida T. Traetta 1761 Vienne


> airs Ion non cerco * Parto, ma lascio
R. Mameli, orchestra internazionale d’Italia dir. D. Fasolis – retransmission de représentations, Martina Franca 2014
C. Schäfer, Neue Düsseldorfer Hofmusik dir. M. Preiser. Sol nascente, CD Ars 2014
Il Bellerofonte Argene J. Mysliveček 1767 Naples
  G. Mayo, Prague Chamber Orchestra dir. Z. Peskó – CD
Antigona Antigona T. Traetta 1772 St-Pétersbourg
  M. Bayo, Les Talens lyriques dir. C. Rousset – CD Decca
Lucio Vero Berenice T. Traetta 1774 St-Pétersbourg
> quatuor Cara, pur mia sei L. Cox, Insolita dir. L. Boshoff – captation de concert, Oxford 2013, YouTube
L'Ali d'amore Amarilli V. Rauzzini 1776 London
> airs Da cento affanni * Ah se perdo il caro bene S. True, Capella savaria dir. M. Térey-Smith – Venazzio Rauzzini: Opera arias and scenes, CD Centaur 2017