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Angelica CATALANI

1780 –  1849

La Catalani incarne un dernier avatar de la grande diva XVIIIe dans un nouveau siècle prêt à s’abîmer dans le romantisme.
Ce n’est pas d'une grande tragédienne qu’il s’agit ici, mais d’un phénomène, qui se produisit surtout au concert, baladant ses airs brillants à travers l’Europe ébahie.
Originaire de Siniglia, elle est tout d'abord destinée au couvent. C'est là que l'on découvre ses dons vocaux et qu'on lui redonne la liberté ! La jeune Catalani débute à dix-sept ans à la Fenice dans Lodoiska de Mayr, et séduit suffisamment pour être engagée les années suivantes comme prima donna, interprétant Zingarelli, Paisiello, Mayr, Cimarosa, Nasolini… Avec l'arrivée de Tesera Doliani, elle chante les premiers rôles masculins, comme Curiazio dans la reprise de Gli Orazi e i Curiazi, et les héros de Gli Sciti (Mayr) ou du Ratto delle Sabine (Zingarelli). Dès 1801, elle est prima donna à la Scala, puis à Florence, Trieste, Rome et Naples.

Angelica CatalaniÀ partir de la saison 1801-02, elle se fixe à Lisbonne et débute dans ce qui sera son cheval de bataille, La morte di Semiramide de Portogallo. Elle partage ses succès avec le castrat Crescentini, et recrée les classiques de Cimarosa, Mayr ou Paisiello tout en chantant les œuvres écrites pour elle, généralement par Portogallo. Ce dernier lui compose de grands rôles dramatiques, comme Didone abbandonata ou Circe. Catalani épouse à Lisbonne un Français du nom de Paul de Valabrègue. En 1805, elle part pour Londres, mais s'arrête à Paris en chemin ; lors d'un concert à St-Cloud – elle chante notamment Son regina e son guerriera – son effet sur l'auditoire est tel que Napoléon l'aborde en personne, aux Tuileries, pour lui proposer de rester. Malgré cette offre et l'émotion qu'elle en conçoit, la Catalani poursuit sa route pour Londres.

Elle se présente au King's Theatre dans un de ses succès les plus brillants, La morte di Semiramide. Elle chante aussi la Vitellia et la Susanna de Mozart. Parmi ses partenaires se trouve souvent le grand John Braham. Acclamée, elle reste en Grande Bretagne jusqu’en 1813, donnant même des versions ornées des populaires Rule Britannia de Arne ou God save the King.

Le retour de Louis XVIII au pouvoir marque son retour en France : il lui confie la direction du théâtre italien (alors salle Favart), qu’elle ne tarde pas à faire couler par sa gestion désastreuse, et malgré un salaire princier.
Elle est alors contrainte de partir, et parcourt l’Europe de L’Italie à la Russie, avec le fidèle compositeur Pucitta, donnant des concerts où elle étale sa virtuosité sans égale et son timbre sublime. Un observateur dresdois note, en 1818, combien sa voix évoque celle des castrats, notamment le magnifique Sassaroli ; mais Angelica a alors perdu des notes et de l'aisance dans l'extrême aigu. À Londres, elle chante un quatuor de Bianca e Falliero avec Rossini à l'accompagnement. Pasta et Colbran chantent avec elle à Cambridge ! Elle finit néanmoins par se retirer, la voix altérée et devant l’affirmation de nouveaux styles : le Berlin de 1827 lui préfère les interprètes de Weber.

En 1841, une fausse information annonçant sa mort permet à la Revue et Gazette musicale de Paris de publier une notice nécrologique : on y lit notamment
Et pourtant la voix de la Catalani n’avait pas la puissance qui touche et attendrit, mais elle avait au suprême dégré celle qui éblouit et qui étonne. Pour l’élévation, pour l’agilité, cette voix ne connaissait pas de rivale ; elle montait jusqu’au contre-sol et lançait les gammes chromatiques (…) avec une facilité, une précision dont on ne se fait pas l’idée
En fait, la Catalani vint mourir du choléra à Paris huit ans plus tard, touchée par l’épidémie italienne.

En outre, Giacomo G. Ferrarri, observateur musical, compositeur, arrangeur et accompagnateur qui eut l’occasion de collaborer avec la Catalani à Londres, laisse dans ses Annedoti un témoignage énamouré de l’art de cette cantatrice :
Elle possédait une voix sonore, à la fois puissante et douce, moelleuse, comparable selon moi au timbre splendide de la Banti, à la sensibilité de la Grassini, à l'énergie de la Pasta, à l'agilité charmante de la Sontag, et aux trois parfaits registres de la Malibran. Elle tenait sa méthode de Pacchierotti, Marchesi et Crescentini : pour ce qui était des gruppetti, volatine, trilles et mordants, elle les imitait à la perfection ; elle exécutait chaque passage et difficulté d'une manière pure et articulée. Lors des ensembles et finals, elle entraînait les chanteurs, les choristes et jusqu'à l'orchestre : elle dominait tout, et ses belles notes se dégagaient avec clarté sans ressembler à une stridence au milieu du tintamarre ; et ni Beethoven, ni Rossini, ni aucun autre diable de la musique n'aurait pu couvrir cette voix divine. Elle n'était pas très instruite dans la musique, mais avec ses maigres connaissances, et grâce à sa parfaite oreille, elle apprenait chaque morceau en un clin d'œil, qu'il fût simple ou difficile. Par ailleurs, non contente d'être une chanteuse supérieure, elle fut une excellente actrice. Dotée d'un physique charmant et majestueux, la taille fine, l'allure séduisante, elle jouait les rôles sérieux avec noblesse, se faisait tendre dans le genre pathétique et amusante dans le genre comique.

Vocalise au mi5 écrite pour Catalani dans Il Trionfo di Clelia de Portogallo :
Angelica Catalani

Paul Scudo conclut son hommage de façon plus mesurée (La Revue des deux mondes, 1849) :
Douée d’un heureux instinct, possédant une voix de soprano des plus étendues, des plus sonores et des plus flexibles qui aient jamais existé, bel oiseau de paradis dont le ramage égalait la magnificence du plumage, Mme Catalani fut plutôt une merveille de la nature qu’un produit de l’art. Elle jouait de la voix comme Paganini jouait du violon, mais sans avoir son génie fougueux et fantastique. Sirène au doux langage, elle enivrait les passants, et l’on pouvait dire de sa mélopée ce qu’un père de l’église a dit de la dialectique des sophistes: « Elle circule autour du coeur, – circum proecordia ludit, – sans y pénétrer jamais.

Il est à peu près certain que les talents d'actrice de la Catalani étaient modestes. Ses dons vocaux exceptionnels et le charme de sa personne n'en étaient que plus impressionnants pour ainsi faire de la Catalani une légende vivante.

I Baccanali di Roma Fecennia G. Nicolini 1801 Milan
> air Parmi veder Y. Kenny, Philarmonia Orchestra dir. D. Parry – 100 Years of Italian Opera, 1800-10, CD Opera Rara
La Morte di Semiramide Semiramide M. A. Portogallo 1801 Lisbonne
> air Son regina e son guerriera Enregistrement au choix
Zaira Zaira M. A. Portogallo 1802 Lisbonne
> scène et air Frena le lagrime C. Caramujo, Orquestra Sinfónica Portuguesa dir. C. Meister – Youtube 2013
Arrangements et variations A. Catalani    
> airs Sul margine d'un rio * Nel
cor più non mi sento
N. Anfuso – Il canto figurato da Mozart a Bellini, Disques et Youtube