Liste des sopranos

Liste des contraltos

Liste des castrats

Liste des tenors

Liste des basses

OSPEDALE DEGLI INCURABILI

L’ospedale degli Incurabili est fondé en 1520 à l’initiative de deux patriciennes, Maria Malipiero et Maria Grimani, pour héberger les syphilitiques. Une nouvelle église est construite et achevée en 1600. L'établissement accueille également des Vénitiennes pauvres ou malades, dont l'éducation est administrée par un comité de douze nobles dames. Comme dans les autres hospices, on juge utile de miser sur la musique en développant les moyens utilisés dans la liturgie quotidienne.

Les Incurabili de Venise

Une première génération d'étoiles

Le niveau devient remarquable avec Carlo Pallavicino, très célèbre compositeur d’opéra, qui officie comme maestro di coro des Incurabili de 1674 environ à 1685. Lui succède Partenio (1685-1689). En 1688, on y donne un Clotilde et on célèbre les obsèques de Pallavicino, sous la direction de Legrenzi et avec le concours de chanteurs d'opéra. Sont ensuite actifs Carlo Francesco Pollarolo (1696-1722), qui anime la concurrence contre la Pietà en composant de nombreux oratorios et enseigne l’orgue, et sans doute Antonio Lotti (1722-1740 ?). Ces derniers sont également compositeurs pour la prestigieuse chapelle de San Marco, indiquant à quel niveau se situe l’institution. En 1697, selon le Guide des étrangers, les vedettes du moment s’appellent Caterina Loredan, Apollonia Platti, Meneghina Coccina (Cocchina, Caccina) et surtout Elena Corner, toutes déjà très admirées en 1688 dans La Iberia convertita de Pallavicino. Le journal Pallade veneta y entend des « voix du paradis ». Du reste, les trilles et vocalises d’Elena lui valent le surnom d’Oseletta ou Oseletti (petit oiseau); elle est encore citée par le chroniqueur Caffi en 1854. On remarque aussi Meneghina Bodussi, Cecilia Briani et Orsetta Gagi, qui chante un peu plus longtemps. Les Incurabili semblent déjà s'imposer par le niveau vocal !

Carlo Francesco PollaroloEntre 1700 et jusqu’à la fin des années 1720, une autre génération de chanteuses s’illustre aux Incurabili, qui semble fonctionner par cycle d’interprètes. Elle compte Maria Grega (Greca, la Greghetta, d'origine grecque ?), Lauretta, Zanetta Fracassa (A), Teresa Pallavicina, Margarita, etc. Plusieurs d’entre elles chantent notamment Tertius cruxis triumphus de C.F. Pollarolo en 1703 : ce dernier propose 17 oratorios sous sa direction, adoptant ainsi le latin à l'instar des autres hospices. Dix ans plus tard, un certain Casotti écrit « les jours de fêtes, on ne manque jamais d’aller aux Incurabili suivre les Vêpres en musique pour écouter, en autres, la Greghetta et l’Anzoletta, qui ne chantent pas mais enchantent. » Le Joseph in Ægypto du même Pollarolo de 1707 réunit notamment Meneghina, Zanetta, Orsetta, Margarita et la Greghetta.

Après le style traditionnel vénitien de Pollarolo et Lotti (qui fait donner une Giuditta en 1701), cette génération vient à interpréter le nouveau style, et participe ainsi de l’engouement pour la musique galante : au cours des années 1720 et jusqu’au début des années 1730, Porpora propose des œuvres aux Incurabili. Il s’agit d’un maître de chant extrêmement connu et recherché, et d’un compositeur tout aussi admiré. Ses partitions de 1726, dont un Beatus vir, indiquent des noms déjà actifs sous Pollarolo : la Zanetta (A), Lucietta Tron (S), ainsi que Tonina (S), Giustina (S), Rosa (A) et Bortola (S). Toutes sont remplacées quelques années plus tard, mais le succès est déjà au rendez-vous : en 1716, un chroniqueur allemand admire l'orchestre de la Pietà mais y entend aussi « des voix qui n'ont point la force de celles des Incurables. »

La relève des années 1730 à 1750

La conséquence de l’engagement de grands noms de l’opéra est qu’ils sont toujours par monts et par vaux : on ne sait pas clairement qui officie aux Incurabili et à quels moments dans les années 1730 et 1740, mais c’est alors l’avènement des Napolitains Hasse et Jommelli, et du plus modeste Carcani. Tous fournissent motets, psaumes et oratorios aux chanteuses actives à partir de cette époque et jusqu’au milieu des années 1750 : avant tout les sopranos Emilia Cedroni, Maria Teresa Tagliavacca, Caterina Licini et les contraltos Elisabetta Mantovani, Cecilia Nassa et Angela Brissini (dite Anzoletta di S. Polo). On peut y adjoindre Anna Maria Zambelli (S) et Chiara Cimolin (A ?). Une partie de ces artistes chante par exemple dans le Joas de Jommelli de 1745. Hasse leur confie un Miserere célèbre dans toute l’Europe et un oratorio, probablement autour de 1735 ; ses motets sont un beau témoignage du talent de ces chanteuses qui n'ont rien à envier à celles de l'opéra.


Air de l'Ange Aura beata, plaude jucunda dans Serpentes ignei in deserto de Hasse

Des années 1750 à 1776 : la gloire interrompue

Johann Adolf HasseQuand Hasse revient en 1758 et compose un nouvel oratorio et un nouveau Miserere, les vedettes ont changé : il s’agit à présent des sopranos Francesca Rubini (active de 1746 à 1768), Regina Rossi, Antonia Traversi (1754-1767) ou encore Teresa Tosi, et des contraltos Santa Gropello (1755-1767), Laura Raimondi (1754-1762) et Margarita Nicolini (qui succèdera à Tagliavacca comme maestra). En 1757, le Noe du maestro Cocchi, à la tête de l'établissement depuis 1752, panache les deux générations en affichant Mantovani et Licini avec Traversi, Gropello, Nicolini, Tosi, Rubini et Raimondi. Le compositeur Ciampi intervient comme maître de chœur autour de 1760 (il fait donner Vixillum fidei). Un peu plus tard arrive la très appréciée Elisabetta Rota [Rotta] (1764-1778), soprano agile, et les demoiselles Cabli (S), Serini (A), Zorzini (S), Malgarsi (S), Maldura (A), Tavani (S), etc. La soprano Pasqua Rossi se distingue également, et dans les années 1770, les sœurs Miller (Antonia et Serafina), sopranos, ainsi que la contralto Orsola Imberti et Girolama Ortolani, active de 1763 à 1785.
À cette époque s’illustre surtout Galuppi, de 1762 à 1764 et de 1768 à 1776, le plus modeste Brusa assurant l’interim. Galuppi est alors le compositeur de musique sacrée le plus réputé d’Europe, et brille également à l’opéra. Il permet aux Incurabili de renouer avec la tradition vénitienne, et suscite l’admiration de Burney en 1770, qui juge sa musique comme étant la meilleure et admire particulièrement le talent exceptionnel de Rota, Pasqua Rossi et Ortolani ; il les appelle les « rossignols du Buranello [Galuppi] », qui « sont un baume pour les oreilles ». De Galuppi, signalons par exemple Triumphus divini amoris en 1765, ou encore ses derniers oratorios pour les Incurabili, Moyses de Sinai revertens en 1776 et le curieux Mundi salus qui voit converser l'Afrique (A. Miller), l'Europe (S. Miller), l'Asie (Malgarsi) et l'Amérique (Imberti).

Ces pages marquent la fin d'une époque aux Incurabili, qui cessent presque toute activité musicale pour cause de faillite. On n'emploie plus de maestri, trop chers, et les filles tentent tant bien que mal de continuer à présenter des oratorios : il y en aura encore cinq jusqu'en 1785, avec quelques nouvelles solistes (Mlles Donati (S), Festini, Montagna, Nadalini), et la musique de Ciampi, Cocchi ou Calegari. Ce échec entraîne les autres hospices dans la chute, et le déclin est irrémédiable. Les Incurabili s'offrent néanmoins un baroud d'honneur en 1782 avec la visite du pape Pie IV : le procurateur Manin fait peindre le hall à ses frais pour illustrer l'oratorio de Galuppi Il Ritorno di Tobia, qui réunit cinq filles choisies dans les quatre hospices. Les figlie des Incurabili chantent une dernière fois dans Exitus Israel de Ægypto de Matteo Rauzzini en 1785. C'est ensuite définitivement la fin de la musique aux Incurabili, qui avait malgré cela occupé la première place à partir des années 1730 à sa fermeture.

Qui habitat in adjutorio A. Porpora 1726
pour Fracassa (A), Tron (S), Antonia (S), Giustina (S), Rosa (A), Bortola (S) ?
Coro mysterium vocis, cappella de' Turchini dir. A. Florio – Tesori di Napoli vol. 9, CD Opus 111, 1998
Salve regina en fa majeur A. Porpora 1730
pour Elisabetta Mantovani (A)
S. Prina, La Cappella de' Turchini dir. A. Florio – CD Eloquentia
Miserere en do mineur J. A. Hasse années 1730
pour Mantovani (A), Brissini (A), Nassa (A), Licini (S), Cedroni (S), Zambelli (S)
Enregistrement au choix
Serpentes ignei in deserto J. A. Hasse 1735-36/1739 ?
pour Mantovani (A), Brissini (A), Nassa (A), Licini (S), Cedroni (S), Tagliavacca (S)
Les Paladins dir. J. Correas – CD Ambronay editions
Laudate pueri J. A. Hasse années 1730
Dresden Instrumental Concert, Dresden Vocal Concert dir. P. Kopp – Grazie veneziane, CD Carus 2009
Gentes barbarae J. A. Hasse années 1730
pour Elisabetta Mantovani (A)
J. Lane, Le Parlement de musique dir. M. Gester – CD Naïve
Dicit cor, pones timores J. A. Hasse 1735-36
pour Cecilia Nassa (A)
M. Andalò dir. F. Bonizzoni – Captation de concert, Milan 2005
Chori angelici laetantes J. A. Hasse 1735-36
pour Elisabetta Mantovani (A)
B. Fink, Musica antiqua Köln dir. R. Goebel – CD Archiv Produktion
Aurae placidae J. A. Hasse 1735-36
pour Angela Brissini (A)
[Premier air seulement] A. Pehl, Ensemble Raccanto – Captation de concert, Bachfest Leipzig 2008
Alta nubes illustrata J. A. Hasse 1735-36
pour Maria Teresa Tagliavacca (S)
M. Zanetti, Le Parlement de musique dir. M. Gester – CD Naïve
Inter undas J. A. Hasse 1735-37
pour Caterina Licini (S)
S. Haller, Batzdorfer Hofkapelle – CD KammerTon
Fuge insidias J. A. Hasse 1735-37
pour Caterina Licini (S)
S. Haller, Batzdorfer Hofkapelle – CD KammerTon
Salve regina en la majeur J. A. Hasse 1736
Enregistrement au choix
Magnificat A. Porpora ca 1740
San Francisco Girls Chorus dir. S. J. Paul – Music from the Venetian ospedali, CD DJ Records
Salve regina en sol majeur J. A. Hasse 1744
Enregistrement au choix
Aura placida spirante J. A. Hasse 1757-58
pour Regina Rossi (S)
M.G. Schiavo, Accademia bizantina dir. O. Dantone – Captation de concert à Milan
Miserere en ré mineur J. A. Hasse 1758
pour Gropello (A), Raimondi (A), Rubini (S), Traversi (S)
Enregistrement au choix
Sanctus Petrus et Sancta Maria Magdalena J. A. Hasse 1758
pour Raimondi (Petrus), Nicolini (Maria Salome), R. Rossi (Maria Magdalena), Rubini (Joseph), Tosi (Maria Jacobi)
Chor & Orchester der Ludwigsburger Schlossfestspiele dir M. Hofstetter– CD Oehms Classics 2010
Missa pro defunctis F. Brusa 1767
San Francisco Girls Chorus dir. S. J. Paul – Music from the Venetian ospedali, CD DJ Records
Laudate pueri B. Galuppi 1769
pour P. Rossi (S), Rota (S), Tavani (S), Zorzini (S), Maldura (A), Serini (A), Cicogna (S)
Angelica Girls' Choir, Savaria Baroque Orchestra dir. F. Pirona – Musica sacra, CD Hungaroton
Dialogus sacer (Jephte et Helcana) B. Galuppi 1771
pour Rota (S), Imberti (A)
Orchestra Filarmonia Veneta "G.F. Malipiero" dir. F. Piva – CD Rivoalto 2003
Confitebor tibi domine B. Galuppi 1771
Angelica Girls' Choir, Savaria Baroque Orchestra dir. F. Pirona – Musica sacra, CD Hungaroton
Nunc dimittis B. Galuppi 1772
Angelica Girls' Choir, Savaria Baroque Orchestra dir. F. Pirona – Musica sacra, CD Hungaroton
Dixit dominus B. Galuppi 1774
Dresden Instrumental Concert, Dresden Vocal Concert dir. P. Kopp – Grazie veneziane, CD Carus 2009