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Vittoria Tesi

1700 – 1775

dite La Moretta

Aussi [-Tramontini]

La Tesi naît à Florence avec le siècle, et s'y imposera comme l'une des chanteuses les plus remarquables. Son père est apparemment laquais du castrat Francesco De Castris, favori du duc de Médicis !
Ses études commencent auprès de Redi dans sa ville natale, et se poursuivent à Bologne avec le célébrissime Bernacchi, héritier de la tradition de Pistocchi. Elle ne se distingue pas franchement pas sa beauté et son charme, mais dispose d'une puissante voix de contralto, d'une profondeur rare avec une timbre particulièrement sombre.
Elle épouse pourtant un séduisant barbier, Giacomo Tramontani, pour couper court aux avances d'un homme de condition bien supérieure, dit-on. La romance qu'on a voulu imaginer entre une certaine Vittoria et Haendel à l'époque de Rodrigo ne peut en aucun cas concerner la Tesi, comme cela a pu être avancé.
Vittoria TesiElle a seize ans quand elle paraît sur les planches de Parme dans une Dafne où chante aussi Cuzzoni. La Tesi se produit également à Florence, Mantoue, et Venise, où elle est déjà créditée du titre de virtuosa di camera de Florence. Avec sa voix hors du commun, elle campe souvent des rôles masculins, comme Claudio dans Lucio Papirio d'Orlandini en 1718.
Elle part immédiatement pour Dresde rejoindre les excellentes équipes réunies pour l'inauguration de l'opéra et le mariage du prince-électeur : elle chante Giove in Argo puis Teofane de Lotti en 1719, avec Senesino, la Coralli, Santa Stella, Durastanti, Boschi etc. La Tesi ne s'éternise pas en Allemagne, et rentre briller sur les scènes italiennes.

La contralto s'impose comme une figure de tout premier plan dans tout le pays, et se produit avec la fine fleur des vocalistes. En 1725 à Naples, elle chante Marc'Antonio dans une cantata a due de Hasse face à la Cleopatra de Farinelli. En 1729, elle est à Milan avec Caffarelli pour Eurene de Predieri ; à Turin en 1731 pour Catone in Utica de Hasse avec Farinelli et Bilanzoni ; Naples en 1732 pour Demetrio de Leo, avec la Peruzzi, Amorevoli, Marianino.
La Tesi est également l'une des premières à imposer certaines figures métastasiennes en Italie, notamment avec le rôle titre d'Achille in Sciro, écrit pour elle par Sarro avec une distribution étincelante pour l'inauguration du San Carlo de Naples en 1737. La Tesi incarne Achille déguisé en femme, puis guerrier convaincu, ambiguïtés multiples qui convenaient au genre de l'époque et à la voix mâle de la Tesi. La même saison, elle est Arbace dans la reprise d'Artaserse de Leo, ou encore Megacle pour le même : c'est elle le primo uomo de chaque opéra. Outre les rôles d'homme, la Tesi se fait une spécialité des héroïnes viriles, femmes de pouvoir déguisées en homme comme la Semiramide riconosciuta (pour Hasse, Gluck, Porta...), ou Emira dans Siroe (pour G. Scarlatti, Porta, Hasse...) etc.

De 1739 à 1740, au sommet de sa gloire, la contralto est conviée à Madrid où elle se produit avec rien moins que la Bordoni, Caffarelli et Farinelli. Après un possible passage en Allemagne, la Moretta est au San Giovanni Grisostomo de Venise et chante notamment l'Ipermestra d'un jeune compositeur, Gluck. À Gênes, elle paraît dans la Merope de Perez.

Vittoria Tesi se rend à Vienne en 1748, ville où elle retrouve Gluck. C'est là qu'elle crée sa Semiramide riconosciuta. Metastasio, poète impérial depuis le début des années 1730, entend la chanteuse dans Achille in Sciro et Didone abbandonata de Jommelli, et la trouve « rajeunie de vingt ans ». Elle est cependant à la fin de sa carrière, et ne paraît plus guère sur scène. Elle chante encore souvent en concert, par exemple des pièces de Bonno, et Le Cinesi de Gluck en 1754, avec les autres chanteurs de la cour. La Tesi se consacre également à l'enseignement, et compte parmi ses élèves les très illustres sopranos F. Gabrielli, A. De Amicis et E. Teyber – des rumeurs indiquent même que cette dernière serait sa fille naturelle. Une certaine Caterina Raimondi paraît à Vienne ou en Italie sous le nom de « Tesi nuova », hommage de la nouvelle cantatrice à la légende vivante : contralto de talent équivalent ou élève de Vittoria ?

Tesi Zanetti
Vittoria caricaturée à gauche par Zanetti (lui même croqué à droite)

La Tesi possédait certainement une voix exceptionnelle, en étendue comme en couleur ; on dit qu'elle avait l'habitude, à Dresde, de chanter des airs de basse transposés d'une octave. Ces dons étaient exploités au mieux par une musicalité et une intelligence rares, ainsi qu'un jeu et un charisme prenants. En revanche, les rôles écrits pour elle n'exige pas de longs traits de virtuosité, mais plutôt une variété d'accents, dans l'adagio ou dans de vigoureux allegro, soulignant invariablement la profondeur de son grave sonore. Quantz célèbre ainsi en 1725 « son magnifique timbre grave ». Alors que les contraltos peinent parfois à obtenir des rôles de premier plan au fur et à mesure que le siècle avance et que les voix tendent vers l'aigu, Tesi est célébrée comme l'une des toutes premières tragédiennes lyriques du XVIIIe. Hiller, dans son traité, la juge supérieure à toutes les autres chanteuses de son époque.

Tesi est citée dans les mémoires de Casanova, et dans le Consuelo de G. Sand, comme féroce rivale de l'héroïne désireuse de préserver ses prérogatives à Vienne.

Teofane Matilda A. Lotti 1717 Dresde
  T.K. Lampi, dir. R. Goebel – captation de représentations à St Gallen, 2000
La Gara degli Dei Marte J.D. Heinichen 1719 Dresde
  A. Markert, Orchestre Carl Philip Emanuel Bach dir. H. Haenchen – retransmission de concert, Berlin 2003. Attribution incertaine.
Flavio Crispo Fausta J. D. Heinichen 1719 Dresde
  A. Vissentin, Il Gusto Barocco – Stuttgarter Barockorchester dir. J. Halubeck – retransmission de concert, Stuttgart 2016. Attribution incertaine
Astianatte Andromaca L. Vinci 1725 Naples
> duetto Luci care S. Prina, Verdi barocca dir. R. Jais – vidéo de concert, Milan 2013
Marc'Antonio e Cleopatra Marc'Antonio J.A. Hasse 1725 Naples
  Enregistrement au choix
Il Medo Enotea L. Vinci 1728 Parme
> trio Sento scherzar
T. Wey, Bach Consort Wien, dir. R. Dubrovsky – Pace e Guerra – Arias for Bernacchi, CD DHM 2017
Siroe Emira J.A. Hasse 1733 Bologne
> air Vedeste mai sul prato Inclus dans Bajazet de Vivaldi. D. Daniels, Europa galante dir. F. Biondi – CD Virgin Veritas
S. Mingardo, Concerto italiano dir. R. Alessandrini – retransmission de concert
Achille in Sciro Achille D. Sarro 1737 Naples
  G. Martellacci, orchestre international d'Italie dir. F. Sardelli – CD Dynamics
Sans récitatifs, quelques coupes : S. Prina, orchestre du San Carlo dir. A. De Marchi – retransmission de concert, Naples 2016
Demetrio Alceste L. Leo et al. 1738 Bologne
> air Dal suo gentil sembiante M.E. Cencic, Il Pomo d'oro dir. M. Emelyanychev – Arie napoletane, CD Decca 2015
Semiramide riconosciuta [2] Semiramide N. Porpora 1739 Naples




> air Il pastor se torna aprile
G. Nicotra, ensemble Arcadia in musica dir. M. Carraro – CD Kicco Classics
Mélange avec la version de 1729 : D. Galou, Accademia bizantina dir. S. Montanari – retransmission de concert, Beaune, 2011
F. Fagioli, Academia montis regalis dir. A. De Marchi – Il Maestro, Porpora arias, CD Naïve 2014
Il Farnace Berenice F. Corselli 1739 Madrid
> air Da quel ferro Version transposée ? A. Fernandez, Le Concert des nations dir. J. Savall – Farnace de Vivaldi, CD Naïve
Semiramide riconosciuta Semiramide C.W. Gluck 1748 Vienne
> air Fuggi dagl'occhi miei A. Bonitatibus, Accademia degli Astrusi dir. F. Ferri – La Signora regale, CD Deutsche harmonia mundi 2014
Achille in Sciro Achille N. Jommelli 1749 Vienne
> scène II-7 Scène transposée : B. Brewer, dir. R. Weikert – retransmission de représentation du pasticcio Porporino, Aix-en-Provence, 1979
Le Cinesi Lisinga C.W. Gluck 1754 Vienne
  G. Banditelli, Scola cantorum basiliensis dir. R. Jacobs – CD Deutsche Harmonia Mundi
Cantate Mesta, o dio L. Vinci ?  
  Version transposée ? E. Galli, Stile galante dir. S. Aresi – Fileno soprano cantatas, CD Pan classics 2012