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Antonio Uberti

1719 – 1783

dit Porporino

Aussi [Ubert] [Hubert] [Uber] [Porporini]

On rapporte que sa castration était due à une malheureux accident de cheval dans sa jeunesse, mais on peut en douter fortement. Né Hubert, car d’ascendance allemande, ce soprano est l'un des élèves favoris de Porpora, d’où son surnom.
PorporinoBrillant poulain de cette fameuse écurie, il se fait remarquer en Italie, notamment à Rome en 1740, avec le jeune Leonardi et la basse Baglioni, en encore dans la Statira de son maître (1742) avec la Tesi, mais aussi à Palerme ou Messine avant d’être engagé à Berlin où Frédéric le Grand organise son opéra. Il participe ainsi à l'inauguration du Hofoper où il débute dans le rôle agile de Lentolo, dans Cleopatra e Cesare de Graun. Il ne semble pas parvenir à s'imposer comme primo uomo, rang occupé par Salimbeni, Carestini ou Concialini, même s'il est Arbace dans Artaserse en 1743. On l'entend cependant dans quasiment toutes les créations et reprises, pendant quarante ans. Un rapport privilégié semble d'ailleurs lier le souverain et le chanteur, qui partagent des séances de travail musical dès l'arrivée du castrat, lequel restera toute sa vie dévoué à Frédéric et déclare : « Ma voix n'appartient qu'à Dieu et au roi de Prusse ». En 1743, le souverain écrit à sa sœur :
J'ai ici musique le soir, et j'ai un chanteur qui deviendra un des premiers virtuosi de l'Europe; il s'appelle Porporino. Sa voix est un soprano. Je lui apprends encore l'adagio; depuis trois mois qu'il est ici, il devient tous les jours meilleur, et apprend avec une grande facilité.
Et, un peu plus tard :
J'ai fait deux cantates pour mon écolier Porporino, et je ferai quelques airs de l'opéra Artaxerxès pour lui.

On peut sourire de voir Frédéric II se piquer d'apprendre le chant à un élève du glorieux Porpora... Il s'agissait surtout pour lui de modeler les interprétations du castrat selon son propre goût. Ainsi a-t-on la trace de l'air de Cleofide de Hasse, Digli ch'io son fedele (composé à l'origine pour la Bordoni) avec les ornements profus proposés par l'empereur à son chanteur.
Burney, au cours de son voyage européen, fait inévitablement halte à Berlin et rencontre Porporino, qui chante alors en contralto. Il rapporte l'extrême admiration dont est sujet le vieux chanteur, notamment pour son goût, son expression et sa manière de rendre l'adagio.
Cet avis est confirmé par Gertrud Mara dans ses mémoires, lorsqu'elle évoque ses collègues des années 1770 sur la scène berlinoise :
Porporino, contralto, et chanteur étonnant dans l'adagio, soixante ans
Et en effet, on retrouve encore Porporino dans maintes productions ressassant toujours Hasse et Graun, dont Artemisia (Hasse) en 1778, alors que son dernier rôle est Silla (Graun) en 1783 ! Il est ainsi toujours en service à sa mort, cette même année.

Le marquis d'Argens relate une anecdote piquante à propos du castrat, dans une lettre destinée à Frédéric le Grand en 1761 (en français dans le texte) :
Il est arrivé ici une affaire dont le récit vous amusera peut-être. Porporino a été accusé par une fille de lui avoir fait un enfant; il a été condamné en justice à payer à cette fille cent écus et à nourrir l'enfant dont il a été déclaré le père. Bien loin que Porporino ait appelé à un autre tribunal de ce jugement, il a d'abord payé les cent écus, a reconnu être le père de cet enfant, qu'il a pris et qu'il fait élever chez lui, et a été remercier ses juges de ce qu'ils avaient eu la bonté de réparer le dommage que lui avaient fait les chirurgiens de Venise. Cette aventure fait rire toute la ville. Je n'ai pas encore vu Porporino, mais je l'ai fait prier de passer aujourd'hui chez moi. On dit qu'il est dans la joie de son cœur d'être déclaré père aux yeux de tout l'univers.

Consuelo, cantatrice fictive imaginée par G. Sand, est également l'élève de Porpora, et endosse le surnom de Porporina. Le personnage trouve un allié en Porporino lors de son passage à la terrible cour de Berlin.
Plus près de nous, Dominique Fernandez a écrit un roman intitulé Porporino (croyant inventer le nom, s'il l'on se fie à la quatrième de couverture), dont le protagoniste s'appelle en fait... Vincenzo Dal Prato. Le roman se déroule à Naples, et ne traite en rien d'Uberti, de la cour de Berlin ni du véritable Dal Prato.

Cleopatra e Cesare Lentolo C. H. Graun 1742 Berlin
  Rôle transposé : J. Francis, Concerto Köln dir. R. Jacobs – CD Harmonia Mundi
Artaserse Arbace C. H. Graun 1743 Berlin
> duetto R. Wong, basse continue – retransmission de concert, Herne, 1989
Orfeo Aristeo C. H. Graun 1752 Berlin


> air D'ogni aura al mormorar
Version adaptée : W. Te Brummelstroete, Akademie für alte Musik Berlin dir. R. Popken – retransmission de représentations
J. Lezhneva, Concerto Köln dir. M. Antonenko – Carl Heinrich Graun, Opera arias, CD Decca 2017
Montezuma Fernando Cortes C. H. Graun 1755 Berlin
  Enregistrement au choix
Achille in Sciro Ulisse J. F. Agricola 1765 Berlin
> air Del terreno nel centro J. Kowalski, Kammerorschester Berlin dir. M. Pommer – CD Berlin classics