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Antonio RIVANI

1629 – 1686

dit Ciccolino

Aussi [Cecolino] [Ciecolino] [Cicolino] [Ceccolino]

Antonio RivaniAntonio voit le jour à Pistoia, où il fait partie des chœurs dès 1639, à dix ans.
Le jeune castrat se distingue au collège germano-hongrois de Carissimi en 1645-46. Rivani est aussi et d'abord au service de Gian Carlo Medici à compter de 1644 environ : une lettre de ce prince réclame le retour du castrat parti pour Mantoue en 1653 par suite d'une dispute avec un autre musicien, sans en aviser son maître. Déjà les propositions flatteuses s'accumulent, et on ne lui permet pas de se rendre à Vienne. On l'applaudit sur les planches à la fin des années 1640, avec Grasseschi à Sienne, avec Ghini à Ferrare, avec la Renzi à Florence, puis Atto Melani, et en 1651 avec A. F. Costa à Bologne. Il se fait ensuite beaucoup entendre à Gênes. Rivani est l'étoile de la Pergola et partage notamment la scène avec Cavagna ou les Melani : il crée notamment le rôle titre de La Tancia de Jacopo Melani, en 1657, ou encore Ercole in Tebe pour les noces de Cosimo III, avec deux frères Melani, Antonio Cesti dans le rôle titre et le célèbre Siface. Entre 1658 et 1659, le soprano passe par Innsbruck, Vienne et Hanovre, enchantant les princes locaux.

Rivani est appelé de Florence à Paris pour se mêler aux chanteurs français et faire ombrage à Atto Melani, à l'occasion du fastueux Ercole amante de Cavalli en 1662 donné pour le mariage de Louis XIV. Il en profite pour donner, avec le reste de la troupe italienne, dont Anna Bergerotti, le Ballet de l'impatience (Lully ou Cavalli ?), en 1661.
Le soprano se plaint des frais engagés alors que la préparation du spectacle traîne en longueur, et que Mazarin, malade, ne lui accorde pas même une audience. Buti, en charge de l'organisation des festivités, déteste à ce point Atto Melani qu'il interdit aux autres chanteurs de le fréquenter, ce qui serait cause de maladie pour Rivani, qui fréquentait les Melani à la Pergola de Florence (notamment Bartolomeo). Il se rétablit cependant parfaitement pour briller lors des spectacles royaux, même s'il rentre en Italie immédiatement après.

Immédiatement après son séjour parisien, le castrat se produit à Bologne et Florence, puis vers 1663 entre au service de la reine Christine de Suède à Rome, l'une des plus grandes mécènes de son temps. Cela ne l'empêche pas de se produire à Venise. Mais alors que la reine est à Hambourg, Rivani reste sans emploi ni ressources, et se voit débauché par le duc de Savoie à Turin en 1667, ce qui met la souveraine en rage dans une lettre de 1668 :
Je veux qu'on sache que je ne consentirai jamais qu'Antonio Rivani change mon service pour un autre, qu'il n'est plus au monde que pour moi et qu'il ne chantera pas longtemps pour qui que ce soit. Quoi qu'il en puisse être, s'il est sorti de mon service je veux qu'il y rentre, et quand même on voudrait me faire accroire qu'il a perdu la voix, cela n'y ferait rien ; tel qu'il est, il doit vivre et mourir à mon service, ou malheur lui en arrivera.
La message est explicite, et Rivani retourne à Rome dès 1669 !
Sévèrement tenu en laisse par la reine Christine, c'est essentiellement dans la cité pontificale qu'il se produit. Il fréquente les théâtres de Bologne et Venise, et chante notamment avec Giulia Masotti, au début des années 1670, par exemple Achille in Schiro de Legrenzi.

Rivani doit parvenir à quitter la reine à un moment donné puisqu'il est ensuite au service du prince florentin Ferdinand de Médicis : une toile de Gabbiani représente le mécène avec certains de ses musiciens, dont les castrats Olivicciani et Rivani, en 1685. Mais on sait qu'il est aussi un temps au service des Gonzaga : il chante ainsi à Mantoue, par exemple dans L'Ottaviano Cesare augusto de Legrenzi en 1682, où il est Marc'Antonio ; M. Salicola et le castrat Clementino font également partie de la distribution. Sa carrière touche néanmoins à sa fin.

Cette ample carrière scénique ne laisse pas de surprendre quand on a l'explication de son surnom : il Ciecolino était apparemment aveugle. Quand le castrat et musicographe Tosi rédige son fameux ouvrage sur le chant orné, il fait appel au souvenir de Rivani qui, selon lui, a renoncé aux trop nombreuses cadences et passages qui interrompaient sans cesse les airs en faveur d'ornements opportunément placés et mesurés, influençant l'art de Pistocchi. La tendance à la surchage n'a pourtant pas tardé à reprendre...

Ercole amante Giunone F. Cavalli 1662 Paris
  Enregistrement au choix
La Divisione del mondo Giove G. Legrenzi 1675 Venise
  Rôle transposé : K. van Rensburg, Balthasar Neumann Ensemble dir. T. Hengelbrock – retransmission de concert, Schwetzingen, 2000