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Gasparo PACCHIEROTTI

1740 – 1821

Aussi [Gaspare] [Gaspero] [Gaspero Porfirio] [Pacchiarotti] [Paccherotti]

Même si le nom de Pacchierotti n'est pas connu du grand public et des amateurs d'opéra, c'est pourtant l'un des plus grands castrats de tous les temps, tant pour ses talents vocaux que la finesse de son sens dramatique et la modestie de ses manières, trait rare pour un primo uomo ! Il est le castrat le plus célèbre du dernier quart du XVIIIe siècle avec Luigi Marchesi, dont le style brillant et le caractère impétueux s'oppose à la retenue de Pacchierotti.

Gasparo PacchierottiGasparo naît à Fabiano dans les Marches. Si ses premières années et le détail de sa formation sont mal connus, on suppose qu'il chante à la cathédrale de Forlì puis comme soprano à San Marco à Venise à compter de 1757, et y reçoit l'enseignement de Bertoni, maestro auquel il reste toute sa vie particulièrement fidèle. Pacchierotti débute dans Le Nozze di Dorina de Galuppi à Pérouse en 1759. On commence à le voir sur les scènes de la Sérénissime, par exemple en 1764 dans Sofonisba de Boroni avec Anna De Amicis au San Salvatore. Le castrat devient soliste à San Marco vers 1765, alors qu'il partage la scène avec le primo uomo Guadagni dans Il Re pastore de Galuppi. Le style noble et pénétrant du castrat contralto sera une influence notable sur la construction de l'artiste Pacchierotti. Pacchierotti est également à Innsbruck cette même année pour Romolo ed Ersilia de Hasse (rôle d'Acronte) avec De Amicis, Guadagni et Panzacchi. Après avoir chanté Ulisse dans Achille in Sciro de Gassmann à Venise en 1766, Pacchierotti part pour St-Pétersbourg avec Galuppi et reste deux années en Russie.

À son retour, le castrat brille comme primo uomo à Palerme entre 1769 et 1771, occasion d'une rencontre avec la redoutable et brillantissime Caterina Gabrielli, qui ne faisait pas de cadeaux à ses jeunes partenaires (Mazzanti s'en souviendra). Un voyageur écossais nommé Brydone raconte dans son carnet de voyage A tour through Sicily and Malta in a series of letters to William Beckford (1808) :
La prima donna est Gabrielli, qui est certainement la plus grande cantatrice dans le monde [...]. [Elle chanta] un air brillant, parfaitement adapté à sa voix, dans lequel elle se surpassa si remarquablement qu'avant la moitié le pauvre Pacchiarotti éclata en sanglots ; il se précipita derrière le décor, se lamentant d'avoir osé se présenter sur la même scène qu'une si merveilleuse chanteuse ; non seulement ses petits talents y seraient perdus, mais il mériterait d'être accusé de présomption, défaut qu'il espérait étranger à son caractère. Il fut difficile à convaincre de se présenter à nouveau mais, après des applaudissements bien mérités, tant pour son talent que pour sa modestie, il commença à reprendre un peu de courage ; et, dans son interprétation d'un air tendre, on dit que la chanteuse elle-même fut émue, en même temps que tout l'auditoire.
Cette anecdote rappelle celle de Gizziello effrayé de se produire aux côtés de Caffarelli.
Pacchierotti chante ensuite principalement à Naples : le voici dans Nitteti d'Anfossi en 1771 ; il donne le rôle titre de Romolo ed Ersilia de Mysliveček en 1773 puis Ezio du même en 1775 ; plusieurs œuvres de Schuster en 1776, compositeur dont il chante également Demofoonte pour l'inauguration du nouveau théâtre d'une ville modeste, Forlì. Le vieux Caffarelli est jaloux du brillant soprano et soutient le partie de sa prima donna, Anna De Amicis. La Gabrielli, pas si attendrie que ça, manigance un piège pour faire emprisonner le chanteur en 1772, qui sera libéré sur ordre royal. C'est au Nord de l'Italie qu'il chante ensuite, entre Florence, Gênes, Milan (Quinto Fabio de Bertoni en 1778), Padoue, Lucques, Turin (Medonte de Bertoni en 1777), Venise... Dans cette dernière ville Paccchierotti crée l'un des plus brillants succès de l'époque avec Giulio Sabino de Sarti, accompagné d'Anna Pozzi et Giacomo Panati, mais aussi Orfeo de Bertoni, en alternance ou en remplacement de Guadagni. Autre titre de gloire du castrat : la création d'Europa riconosciuta de Salieri pour l'inauguration de la Scala de Milan, avec Rubinelli et les sopranos suraiguës Franziska Danzi-Lebrun et Maria Balducci. Le chanteur y affirme, comme dans Giulio Sabino, son talent à incarner de jeunes héros au sort malheureux, trait certes typique des primi uomini, à qui il prête une nouvelle qualité de tendre pathétique dans des scènes musicales complexes et développées.

PacchiarottiLondres est le théâtre de succès retentissants : le castrat s'y rend en 1778 flanqué du fidèle Bertoni pour remplacer Francesco Roncaglia au King's Theatre. Depuis Senesino et Farinelli, le public anglais peine à trouver une nouvelle idole et se lasse terriblement vite des chanteurs et cantatrices, même si Tenducci et Rauzzini parviennent à s'imposer longuement. Il chante dans la résidence de William Beckford, personnalité de l'époque, avec ces derniers castrats. Beckford s'entiche de Pacchierotti et compose pour lui The Arcadian Pastoral, et toute la famille Burney succombe à son talent ; Susan écrit à Fanny :
La moindre réplique de l'opéra [Rinaldo] est superbement mise en musique par Sacchini et Pacchierotti m'a enchantée, non seulement dans ses airs mais aussi dans chaque mot des récitatifs.
Une autre fois, elle commente :
Il s'est amusé à toutes sortes de pirouettes, faisant caracoler sa voix aussi grave et ausi aigu qu'il le pouvait – je savais que son étendue lui permettait de chanter des airs de ténors, mais je ne me doutais pas qu'il pût rivaliser avec Agujari & Danzi dans leurs altitudes – et me croiras-tu quand je te dirai, et c'est la vérité, que dans une de ses roulades il est monté jusqu'au fa le plus aigu du clavecin.
En 1784, le soprano participe à un concert Haendel, où l'on donne des extraits de Joshua ou encore Irsael in Egypt. Cette même année marque son retour en Italie, où il demeure jusqu'en 1791.

Il se produit à Trieste, Gênes, Crémone, Padoue, Bergame, et bien entendu longuement à Venise, continuant de défendre les œuvres de son cher Bertoni. Un retour à Londres en 1791 au Pantheon Theatre est l'occasion de croiser Joseph Haydn, qui lui écrit la cantate Arianna a Nasso, et de chanter avec Gertrud Mara dans le Quinto Fabio de Bertoni, l'un de ses chevaux de bataille. En 1792, le célèbre castrat retrouve encore la ville de ses débuts pour l'inauguration de la Fenice, avec Giacomo David, Bridiga Banti et Marianna Sessi : les chanteurs donnent I Giuochi di Agrigento de Paisiello, puis Tarara de Bianchi et Ines de Castro de Giordani. Cette ultime saison marque la fin de la carrière scénique du castrat, qui se retire à Padoue, où il chante encore en 1796 pour Bonaparte ; en 1814, on entend le vieux chanteur à Venise, en larmes, pour célébrer les obsèques de Bertoni.
Honoré de visites illustres, se consacrant aux arts et aux belles lettres, il est pourtant incarcéré à 74 ans par la police autrichienne à causes de propos échangés dans sa correspondance avec la cantatrice Angelica Catalani ! C'est à Padoue qu'il finit ses jours, en 1821, véritable légende vivante.

Charles Burney, qui a rencontré la plupart des vocalistes de la seconde moitié du siècle, juge Pacchierotti comme le meilleur chanteur qu'il ait jamais entendu. La voix du castrat était peu commune et difficile à définir : de tessiture plutôt grave, il pouvait extrapoler dans le suraigu jusqu'au contre-fa et dans le grave en registre de ténor. Son jeu et l'expressivité de son chant étreignaient les auditeurs et leur tiraient des larmes délicieuses, jusqu'aux membres de l'orchestre incapables de continuer à jouer, selon une anecdote célèbre ; sur ce point les témoignages sont innombrables. Pacchierotti ne dégainait sa parfaite agilité qu'à bon escient, ce mélange de pathétique sentimental et d'éclosion virtuose dans les airs étant typique de l'âge classique et de l'expression tendre venue de l'opéra bouffe et des pièces à sauvetage françaises, art de Cimarosa, Paisiello puis Paër ou Rossini.
Il est probablement la principale source d'inspiration de la musicologue Vernon Lee pour la création de son Vivarelli.

Romolo ed Ersilia Acronte J.A. Hasse 1765 Innsbruck
  P. Gardina, Café Zimmermann dir. A. Cremonesi – retransmission de représentations, Innsbruck 2011
Messa per San Marco soprano B. Galuppi 1766 Venise
  M.C. Chizzoni, Accademia de li musici dir. F. M. Bressan – CD Chandos
Romolo ed Ersilia Romolo J. Mysliveček 1773 Naples
> quatuor Deh, invitati serba Version adaptée. M.E. Cencic, Collegium 1704 dir. V. Luks – captation de concert, Karlsruhe 2012
Demofoonte Timante J. Schuster 1776 Forlì
  J. Waschinski, La Ciaccona dir. L. Remy – CD Deutsche Harmonia Mundi
Orfeo Orfeo F. Bertoni 1776 Venise
  Enregistrement au choix
Europa riconosciuta Aristeo A. Salieri 1778 Milan
  G. Kühmeier, orchestre de la Scala de Milan dir. R. Muti – DVD, Milan, 2007
Giulio Sabino Giulio Sabino G. Sarti 1781 Venise
  S. Prina, Accademia bizantina dir. O. Dantone – CD Bongiovanni
L'Eroe cinese Siveno V. Rauzzini 1783 Londres
> air Ti leggo in volto

> récitatif et duo Porgi, o cara
A. Christophellis, ensemble seicentonovecento dir. F. Colusso – Les Castrats au temps de Mozart, CD EMI, 1996
M. Hall, Capella savaria dir. M. Térey-Smith – Venazzio Rauzzini: Opera arias and scenes, CD Centaur 2017
Caro mio ben (air) G. Giordani ? 1785 Londres
  Enregistrement au choix, souvent en réduction pour piano.
cantate Arianna a Nasso Arianna J. Haydn 1791 Londres
  Enregistrement au choix
I Giuochi di Agrigento Alceo G. Paisiello 1792 Venise
  R. F. Bitar, Slovak Chamber Orchestra dir. G. B. Rigon – CD Dynamic, 2008