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Tommaso GUARDUCCI

ca 1735 – ?

Aussi [Garducci]

Tommaso GuarducciOriginaire de Toscane, Guarducci est l'un des fleurons de la fameuse école de Bernacchi, à Bologne. Doté d'une voix de soprano étendue, il se distingue par une certaine retenue dans la virtuosité et un art du cantabile poignant, hérité de son illustre maître : une expressivité parfaitement adaptée aux mouvements de réforme de l'opéra séria.

Sa carrière débute apparemment vers 1745 en Italie. Il se fait entendre à Vienne régulièrement à partir de 1752. On trouve pourtant la trace du castrat à Lisbonne, où il chante dans trois opéras de Perez (dont un Ipermestra) en 1754, avec le titre de virtuose de la chapelle royale.
Guarducci chante à Vienne en 1755 pour l'anniversaire de l'empereur dans la festa teatrale de Gluck L'Innocenza giustificata, avec la jeune et déjà stupéfiante Gabrielli. La même équipe donne aussi Le Cacciatrici amanti de Wagenseil. Il est ensuite à Milan avec Tenducci, puis Padoue.

C'est principalement à Naples que Guarducci exerce ses talents, de 1758 à 1762 : il chante des premiers rôles ou seconds rôles avec Carestini ou Manzuoli, dans des opéras de Hasse – alors dans la ville pour proposer de nouvelles versions de certains grands succès – mais aussi Galuppi, Sala, Jommelli, De Majo et un nouveau compositeur de talent : J. C. Bach. L'affiche est, comme toujours à Naples, impressionnante, avec Caterina Flavis, la Gabrielli, Clementina Spagnoli ou encore le légendaire Raaff. Parmi les prestations de Guarducci, citons ainsi : Annio dans La Clemenza di Tito de Hasse en 1759 ; Astianatte dans Andromaca de Sacchini en 1761 ; Poro dans Alessandro nell'Indie de J. C. Bach en 1762, et de nombreuses cantates de cet auteur et autres (dont Sciroli). On l'entend également à Livourne en 1760 à l'occasion des noces de l'archiduc Joseph II avec Isabelle de Bourbon, dans une cantate de Charles Antoine Campion avec Maddalena Parigi. En 1765, le soprano paraît à Venise où il chante Sacchini et Guglielmi.

Guarducci se produit ensuite à Londres comme primo uomo au King's Theatre. Son style pathétique fait mouche auprès du public, dont il comprend le goût pour un chant épuré, et de Charles Burney, très enthousiaste à son égard même s'il voit en lui un « acteur inanimé » qui plus est « grand et maladroit ». On l'entend de 1766 à 1769. Guarducci chante divers pasticci, très courants à Londres, dont Siface en 1767. Il interprète aussi le rôle titre du Carattaco de J. C. Bach avec un grand succès, cette même année, et l'année suivante La Betulia liberata de Jommelli. Le soprano est entouré de Cecilia Grassi ou encore Polly Young et le castrat Savoj. Il se frotte même à l'oratorio anlgais avec succès, bien que maîtrisant très peu la langue.

Après ce séjour glorieux, Guarducci retourne dans sa patrie et se produit à Rome dans une production mémorable : Didonne abbandonata de Piccinni, avec les castrats Goti et Santi, en 1770. Sa carrière s'arrête peu après, mais il crée encore divers oratorios à Florence, où il est virtuose du grand duc depuis 1766, par exemple la première version d'Isacco, figura del redentore de Mysliveček, plus connu sous le titre Abramo ed Isacco, En effet, Guarducci a fait des investissements malheureusement et doit continuer de se produire pour vivre. C'est donc dans une demi-retraite qu'il passe les années 1770 ; il reçoit un traitement de la cour de Toscane jusqu'en 1790 au moins.

Après avoir reconnu son peu de présence scénique Charles Burney écrit ainsi :
La voix de Guarducci, certes bien moins puissante que celle de Manzuoli, était claire, douce et flexible. Son trille et son intonation étaient parfaits, et de longues années d'études et de pratiques lui avaient permis de vaincre toutes les difficultés de son art, et de maîtriser les moindres raffinements propres à son école. [...] Guarducci était le chanteur le plus simple et épuré de tous les artistes de premier ordre que j'eusse entendus.

De même, La Borde écrit :
Toscan, tenait le premier rang parmi les chanteurs de l'Italie : on admirait sur-tout en lui la sagesse de sa manière ; il ajoutait très-peu de notes au chant écrit ; mais ce peu produisait toujours un très-grand effet, & charmait l'oreille sans l'étonner ni la distraire.
Un exemple dont beaucoup gagnerait à s'inspirer aujourd'hui encore.

L'Innocenza giustificata Flavio C. W. Gluck 1755 Vienne
  V. Cangemi, Cappella coloniensis dir. C. Moulds – CD Deutsche Harmonia Mundi 2004
Catone in Utica Cesare J. C. Bach 1761 Naples
  S. Donzelli, Musica rara dir. A. Bosman – CD d'après concert, Milan, 2001
Alessandro nell'Indie Poro J. C. Bach 1762 Naples
  R. Crowe, Akademie für alte Musik dir. C. Spering – retransmission de concert
Carattaco Carattaco J. C. Bach 1767 Londres
> scène et air Fra l'orrore P. Jaroussky, Le Cercle de l'harmonie dir. J. Rhorer – La Dolce Fiamma, CD Virgin Classics, 2009
Sifare Carattaco J. C. Bach 1767 Londres
> air Frena le belle lacrime N. Kiss, Ensemble Tourbillon dir. P. Wagner – retransmission de concert, Prague 2009
Didone abbandonata Didone N. Piccinni 1770 Rome
  R. Invernizzi, La Cappella della pietà de' turchini dir. A.Florio – retransmission de concert, Paris
La passione di nostro signore Giovanni ? J. Mysliveček 1773 Florence
  Y. Berg, Das neue Orchester dir. C. Spering – CD Capriccio 2005
Isacco, figura del redentore Isacco J. Mysliveček 1776 Florence
  Version de Munich révisée : Sinfonietta Praha dir. I. Parik – CD Supraphon