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Giovanni Francesco GROSSI

1653 – 1697

dit Siface

Né près de Pistoia, Giovanni Francesco Grossi commence sa carrière à Rome, au théâtre Tordinona. Son surnom de Siface lui vient de son interprétation très remarquée du rôle dans Scipione africano de Cavalli à en 1671, avec la soprano Coresi, année où il entre au service du prince Borghese où il rejoint le magnifique Verdone (basse). Il chante essentiellement à Rome tout au long des années 1670, notamment dans nombre d'oratorios, par exemple de Pasquini mais aussi Melani, Foggia, Lorenzani... Siface chante quelques années à la chapelle pontificale, de 1675 à 1677, mais participe à des offices religieux dans les grandes églises romaines de 1672 à 1680 au moins. Sa voix de soprano lui permet d'assumer les rôles féminins, dont la Salomé de Stradella où la partition dessine un personnage impressionnant s'exprimant en longs traits d'une délirante virtuosité. Verdone, les frères Fede et le castrat Donati font alors partie de ses partenaires réguliers à Rome.

Attaché à la cour de Modène au service de Francesco II d'Este à partir de 1679, le soprano y est sans conteste le chanteur préféré du duc, avec la basse Cottini. Actif dans les oratorios, et à l'opéra, il ne s'efface que devant son collègue Cortona dans les années 1690. Le duc a parfois du mal à retenir son chanteur : ses immenses succès lui font vite parcourir l'Italie et l'Europe. Grossi paraît au théâtre à Florence et Venise (Il Ratto delle Sabine d'Agostini en 1680 avec le contralto Donati), avec un succès tel qu'on l'engage à Naples en 1683. C'est alors qu'il crée un incident diplomatique : l'ambassadeur de France le réclame pour une serenata, mais le chanteur fait savoir qu'il désire être payé en espèces sonnantes et trébuchantes, et non en sorbets, comme c'est l'habitude chez le notable... Siface est contraint de rejoindre Modène où son protecteur le consigne dans ses appartements. Heureusement, l'orage passe et le voici en Mitridate du Pompeo du tout jeune Alessandro Scarlatti pour ses débuts dans la cité parthénopéenne en 1684, avec Giulia Zuffi. Il revient à Naples pour interpréter Stellidaura de Provenzale.

Prêté par le duc de Modène à Londres, il se produit devant la dauphin à Paris, avant de multiplier les caprices dans la capitale anglaise. Malgré tout, son succès y est phénoménal. Dans son Journal, J. Evelyn avoue avoir été séduit par la technique du castrat (notamment sa messa di voce), « considéré comme le meilleur d'Europe », tout en déplorant ses manières et sa suffisance : « Il m'a fait l'effet d'un enfant impudique, et effeminé, à la fois timide et très content de lui, comme je le craignais. » Purcell lui rend hommage, à son départ, dans la pièce « Sefauchi’s Farewell » – le castrat ne s'éternise pas, se plaignait d'un climat peu propice à sa voix.

Son succès lui monte à la tête, et ses cachets sont impressionnants, alors qu'il continue de parcourir l'Italie et de tenter de se soustraire à ses obligations à Modène. Siface chante L'Eta dell'Oro de G. Tosi à Florence en 1690 avec la Torri et Pistocchi, qu'il retrouve la même année à Parme pour la célébration de noces princières. Rome l'accueille régulièrement avec admiration. Malgré ses incartades, Grossi se produit tout de même à Modène et Reggio Emilia : on l'entend au Teatro Fontanelli en 1686, 1688, 1689 et 1690. Il participe à de nouvelles noces princières en 1692 dans L'Ingresso alla gioventù di Claudio Nerone, signé Giannettini. Il chante alors en contralto aux côtés de collègues locaux comme la basse Cottini et le castrat De Grandis, et la diva Torri. En 1696, le voici protagoniste d'Almansorre in Alimena de Pollarolo avec la Riccioni, F. De Grandis ou encore la Pini.
Il fait partie des trois castrats les plus admirés et brillants à la fin du XVIIe, avec Sassano et Cortona, mais meurt malheureusement (et prosaïquement) assassiné par les frères de sa maîtresse en 1697, une comtesse qu'on avait pourtant cloîtrée au couvent et qu'il trouva moyen de rejoindre. Il se rendait alors à Bologne pour créer le pasticcio Perseo à l'occasion de la réouverture du théâtre Malvezzi. Le castrat Ferrini l'y remplaça.

Tosi, évoquant la bonne manière de chanter, rappelle le style du castrat Rivani et de Pistocchi, capables d'intégrer les ornements dans l'air sans forcer la musique à s'interrompre, et place dans cette lignée « la voix melliflue » de Siface. Difficile de savoir à quoi ressemblait la voix de notre chanteur à telle ou telle époque, puisqu'elle semble avoir évolué d'une tessiture aiguë à un registre de contralto.
Le sonnet suivant, d'une plume anonyme, célèbre le chanteur tout en enjolivant sa triste fin :

Mentre sul Po l'unica voce e chiara
sciogliea Siface, e la virtù di lei
udiasi in quelle sponde, uomini e Dei
vaghi correan per ascoltarla a gara.

Giove allor ne giurò vendetta amara
dicendo: « Chi è costui che i regni miei
vuota e costringe? Or te, se pur non sei,
te spoglierò della virtù più rara.

E se l'alto saper d'ogni mortale
maggior ti rende, il tuo sepulcro sia
l'urna del Po, ch'è a Numi ancor fatale!

Oggi la crudeltà sia legge mia,
ché, per gloria del cielo, in me prevale
all'usata equità la gelosia »

Caino e Abele Eva ? B. Pasquini 1671 Rome
  L. Andréana, Il teatro armonico dir. A. De Marchi – CD Symphonia 1990
San Giovanni Battista Erodiade figlia A. Stradella 1675 Rome
  Enregistrement au choix
La Forza delle stelle soprano (chœur) A. Stradella 1677 Rome
  Mare nostrum dir. A. De Carlo – CD Arcana 2014
La Maddalena pentita ? A. Scarlatti 1685 Rome
  Europa Galante dir. F. Biondi – CD Opus 111