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Giovanni Francesco FASCIOTTI

? – 1840

Aussi [Gio. Francesco]

Ce castrat d'origine bergamasque est un des derniers avatars de ce type de voix, et commence sa carrière alors que le genre est promis à s'éteindre, à l'instar de Velluti.

On trouve une première mention de Fasciotti comme doublure de l'immense Marchesi à Milan en 1799 dans l'opéra dont le castrat star fait alors son miel, Lodoiska de Mayr, avec le grand Giacomo David. Le tout jeune ténor Tramezzani est également dans la distribution. En 1801, Francesco est primo uomo sur une scène modeste, à Reggio, mais aussi en août à Naples dans Ginevra e Ariodante de Tritto avec Mombelli. Il est encore premier chanteur à Naples pour la saison du carnaval 1801-02, créant notamment un opéra d'Andreozzi. Dans son journal italien, le voyageur Benkowitz assiste à certains de ces spectacles et rend compte de ses impressions sur le chanteur dans Scipione in Cartagena de Curcia :
Ce qui me surpris dès le début de la représentation, ce fut la figure du premier chanteur, c'est-à-dire du castrat. Cet homme, si je dois le nommer ainsi, se distinguait surtout par un corps de géant surplombé d'une petite tête de chérubin. Il portait un costume de héros à l'antique, ce qui ne faisait que renforcer mon impression, d'autant plus que je me trouvais dans une loge proche de la scène et que je voyais tout de dessus. En bref, il ressemblait ce soir-là à l'ange Saint Michel prêt à engager un long combat contre le démon. [...]
Il fit son entrée en plein désespoir, ce qui lui donna l'occasion de se présenter sous un jour extrêmement flatteur. Sa voix est gracieuse, même si elle n'est pas des plus pures ni des plus belles. Plus tard, quand je pus observer du parterre, où l'on peut tout examiner avec précision, je dus malheureusement reconnaître que cet ange se mouvait avec quelque raideur et possédait des jambes bien humaines. Il doit emprunter un costume romain pour paraître à son meilleur avantage ; mais cette tête ornée de boucles brunes demeure toujours angélique, et il ne se trouvera peut-être nulle part aussi beau en scène. Quel dommage que cet homme ait une telle carcasse ! Il s'appelle Francesco Fasciotti.

Sa carrière se poursuit au premier plan dans les œuvres de Nicolini, Mayr, Portogallo et Federici à Bologne, Florence, Ravenne, Venise et Ferrare (Virginia de Federici avec la Bertinotti). L'année suivante, Fasciotti est à Turin où il se produit plusieurs fois jusqu'en 1808, créant des pages originales de Lavigna et Federici, par exemple avec le ténor Crivelli. On l'entend également à Pavie, puis à Bergame.
Auréolé de ces succès, Francesco paraît à nouveau à la Scala dans Il Trionfo di Davide de Zingarelli en 1811. Il enchaîne avec diverses créations à Gênes, Rome et Turin où on le repère pour la dernière fois sur un livret en 1815, dans Cesare in Egitto d'Ercole Paganini, avec la Manfredini. Un livret précise son titre : Virtuoso di camera e cappella al servizio di S.A.I. il Principe Camillo, ed Accademico filarmonico.

Sa carrière prend un tournant inattendu : Fasciotti se rend au Brésil pour devenir premier soprano de la chapelle royale à Rio ! En effet, le roi Jean VI avait déjà le goût de ce type de voix à Lisbonne, d'où l'ont accompagné plusieurs chanteurs à Rio, notamment Giuseppe Capranica. Le souverain est prêt à débourser des sommes considérables pour engager les meilleurs castrats d'Italie, espèce en extinction totale ! Fasciotti a dû percevoir là une chance de pérenniser ses moyens de subsistance. À son arrivée, le castrat incarne la Renommée dans une serenata du maître de chapelle Portogallo (Marcos Portugal de son véritable nom) : Augurio di felicita, en 1717. Mais il est également engagé pour briller à l'opéra : c'est à lui de porter l'art rossinien sur le nouveau continent, notamment Aureliano in Palmira, écrit pour Velluti (1820), Tancredi (1821, 1826) et même Otello en 1828. Fasciotti donne aussi Merope de Portogallo, La Vestale de Pucitta et Coriolano de Nicolini. Son succès est immense et son art de varier à l'infini charme le public. Portogallo lui compose au moins deux motets sur mesure. La sœur de Francesco, Maria Teresa, est également chanteuse et séduit le public brésilien. Francesco finit ses jours au Brésil en 1840.