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Giovanni CARESTINI

1700 – 1760

dit Cusanino

Ce chanteur tient indéniablement une place égale à celle de Farinelli et Caffarelli, les plus célèbres castrats de sa génération.

CarestiniDe sa jeunesse, on sait peu de choses, mis à part sa ville d'origine, Filottrano, près d'Ancône. Sa belle voix lui vaut d'être castré ; dès 1710 il se produit dans une production d'un oratorio de Caldara intitulé San Stefano d'Ungheria, à San Severino. Repéré pour ses dispositions prometteuses, il gagne la protection du cardinal Cusani à Milan, auprès duquel il va s'installer et étudier la musique. Son surnom de théâtre rend hommage à ce généreux mécène.
En 1720, c'est naturellement sur les planches du Regio Ducal milanais qu'il se produit, avec Bernacchi et Andrea Pacini. Dès la saison suivante, il débute à Rome, au Capranica. Il tient les rôles de seconda donna, comme Costanza dans Griselda d'A. Scarlatti. Jeune, beau et majestueux, il a un succès tel que le théâtre concurrent, le Tordinona, s'attache les services du soprano pour la saison suivante. Il chante avec le jeune Farinelli dans le Flavio Anicio Olibrio de Porpora, puis repasse au Capranica la saison d'après ! C'est pour Carestini l'unique occasion de sa carrière d'interpréter Vivaldi, dans Ercole sul Termodonte, cette fois-ci en habits masculins.

Ces saisons romaines ouvrent les portes de la gloire au soprano : on l'engage dans la chapelle impériale de Vienne, où il chante des oratorios de Caldara. Il fait partie du somptueux ensemble d'interpètes de Costanza e Fortezza de Fux donné pour le couronnemment de Charles VI, dans le rôle d'Erminio. Il chante également Apollo dans La Contesa de' Numi de Caldara, à cette même occasion. Sa participation est néanmoins de courte durée, car on se l'arrache déjà, et le voici de retour en Italie dès la saison suivante.

De 1724 à 1733, Carestini parcourt toutes les plus grands scènes italiennes, et chante avec la fine fleur des vocalistes. À Venise, il participe au Siface de Porpora et surtout à la création du Siroe de Vinci en 1726, sur un livret de Metastasio. Il a l'honneur d'incarner pour la première fois le frère perfide de Siroe, campé par le vétéran Nicolino, dont le charisme est écrasant, tout comme celui du ténor Paita en Cosroe. La Bulgarelli et Facchinelli sont en charge des rôles féminins. Deux ans plus tard, c'est comme primo uomo que Carestini donne vie aux nouvelles figures métastasiennes : il est Cesare dans Catone in Utica de Vinci et Arbace dans l'Artaserse de Vinci, en 1728 et 1730 à Rome. L'inévitable castrat Farfallino est sa prima donna. Outre ces prestations marquantes, Carestini se produit à Parme, Gênes, Plaisance, Florence ou encore Milan. À Naples comme ailleurs, son succès est éclatant, notamment dans Ulderica de Hasse, au point de faire ombrage à Bernacchi. La tension entre les deux castrats fut telle qu'il ne chantèrent plus jamais ensemble. Plus tard, c'est Farinelli qui devra se plaindre de Cusanino, en écrivant à son ami le comte Pepoli :
Pour ma part j'ai remporté à Milan un succès auquel je n'aurais jamais cru tandis que Carestini a écrit à presque toute la Noblesse pour obtenir son soutien et qu'elle le refusât à Farinello : voyez, Excellence, combien ce castrat est maudit.
Preuve de l'animosité de Farinelli envers son rival, il refuse d'interpréter l'air (magnifique) Vo solcando un mar crudele tiré d'Artaserse de Vinci, car il s'agit d'une page emblématique de Carestini, et conclut « je ne veux pas que quelque fanfaron se vante que Farinello chante ses airs. »
À compter de 1731, Carestini est également au service de la cour de Bavière, s'étant fendu d'une visite à Munich.

Durant ces années italiennes, la voix de soprano de Carestini commence à se décaler vers le grave : il perd quelques notes dans l'aigu mais en gagne dans le bas de la tessiture, avec un ambitus passant environ de si2 – do5 à la2 – la4.

C'est donc un brillant mezzo-soprano au sommet de sa gloire qui est engagé par Haendel à Londres, en 1733. Son castrat vedette, Senesino, est passé à la concurrence, qui dispose en plus du déjà légendaire Farinelli, puis de Cuzzoni, tant aimée des Londoniens ! Carestini commence par interpréter un pasticcio, Semiramide riconosciuta, qui plaît peu mais lui vaut la faveur d'un public pourtant très attaché à Senesino. Le talent du castrat stimule la muse haendelienne, et s'exprime dans les très beaux Arianna in Creta, Ariodante et Alcina. Toute la palette expressive et la technique époustouflante du chanteur sont exploitées par Haendel dans des airs souvent d'une difficulté extrême comme Salda quercia in erta balza de Teseo, ou Coll'ali di costanza d'Ariodante. Haendel écrit également de nouveaux airs à Carestini dans Ottone ou encore Il Pastor fido, qui sont des reprises. Comportement typique des virtuoses, quand le compositeur soumet un air jugé trop simple par le castrat, il refuse de l'interpréter. Le fort caractère de Haendel l'emporte, et Verdi prati devient bien entendu l'un des air favoris du public, dans Alcina. Après ce dernier opéra, Carestini quitte Londres et laisse Farinelli y régner dans la compagnie rivale de Porpora.

De retour en Italie, Carestini continue de se produire comme l'un des meilleurs primi uomini. Il inaugure le Teatro pubblico de Pesaro dans Il Tito vespasiano o La Clemenza di Tito de Hasse, en 1735. En 1736, c'est avec le Farnace de Leo qu'il met un point final aux représentations du célèbre San Bartolomeo de Naples, remplacé par le San Carlo la saison suivante. Carestini se partage entre Turin, Vérone, Padoue, Bologne, Munich – où il chante pour l'anniversaire de l'électrice en 1738. À Milan, il croise Gluck dont il chante le Demofoonte, témoignant encore d'un approfondissement de sa voix, en 1743. Cette même année, il est à Venise, récoltant toujours autant d'applaudissement, selon Zanetti.

De 1747 à 1749, il chante à la cour de Dresde, où se trouve le fidèle Hasse et une Faustina Bordoni à l'automne de sa carrière ; il y interprète notamment Leucippo.
Après des prestations à Venise et Milan, où il chante Artaserse de Lampugnani, Carestini passe ensuite au service de Frédéric le grand à Berlin, pour chanter Graun avec l'Astrua en remplacement de Salimbeni. La première pièce qu'il donne est un échec, mais l'Orfeo de 1752 est à marquer d'une pierre blanche dans les annales de l'opéra de Berlin ; il n'y a guère que le roi qui ne soit pas entièrement convaincu. Il faut dire que le souverain n'aime que les voix aiguës, et que Carestini possède alors « le contre-ténor le plus ample, le plus fin et le plus profond qu'on ait peut-être jamais entendu », d'après Burney : sa voix couvre maintenant l'intervalle ré2 – sol4. Carestini, malade et vieillissant, accepte encore de se produire à Saint-Pétersbourg sur invitation de l'impératrice et donne Alessandro nell'Indie d'Araja, en 1755, laissant briller les derniers feux de son art.
Revenu au pays, le castrat chante une dernière fois à Naples, mais c'est un échec. La mort l'emporte deux ans plus tard.

Tous les commentateurs célèbrent la beauté et le charisme du chanteur, la finesse et le justesse de son jeu, la recherche extrême et la précision de son chant, sa musicalité servie par une virtuosité extrême, et pour résumer, d'après Hasse : « quiconque n'avait pas entendu Carestini ignorait l'absolue perfection du chant. »

La Griselda Costanza A. Scarlatti 1721 Rome
  V. Cangemi, Akademie für alte Musik Berlin dir. R. Jacobs – CD Harmonia mundi
Ercole sul Termodonte Alceste A. Vivaldi 1723 Rome
  P. Jaroussky, Europa galante dir. F. Biondi – CD Virgin classics
Costanza e Fortezza Erminio J.J. Fux 1723 Prague
  Version abrégée : M. van der Sluis, Trompeten Consort Friedemann Immer dir. H. Arman – retransmission de concert à Vienne 1991
La Concordia de' Pianeti Apollo A. Caldara 1723 Vienne
  F. Fagioli, La Cetra dir. A. Marcon – CD Archiv Produktion 2014
Morte e sepoltura di Cristo Maria Giacobbe A. Caldara 1724 Vienne
  S. Frigato, Stravanger Symphony Orchestra dir. F. Biondi – CD Glossa 2015
I Fratelli riconosciuti Attalo G.M. Capelli 1724 Parme
> air Ciel nemico P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Siface Erminio N. Porpora 1725 Venise
> air Tu che d'ardir m'accendi P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Farnace Farnace L. Leo 1727 Naples
> air Se mi dai morte P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Catone in Utica Cesare L. Vinci 1728 Rome
  F. Fagioli, Il Pomo d'oro dir. R. Minasi – CD Decca 2015
Ulderica Roderico J.A. Hasse 1729 Naples
> air Vaghe labbra In Catone in Utica, pasticcio (Londres 1732). R. Invernizzi, Auser Musici dir. C. Ipata – retransmission de concert, Halle 2016
Alessandro nell'Indie Poro L. Vinci 1730 Rome
> air Risveglia lo sdegno D. Hansen, Academia montis regalis dir. A. De Marchi – Rivals, CD Deutsche Harmonia Mundi 2013
Artaserse Arbace L. Vinci 1730 Rome

> airs Fra cento affani e cento * Vo solcando un mar crudele
F. Fagioli, Concerto Köln dir. D. Fasolis – CD Virgin classics 2012
S. Kermes dir. C. Osele – Lava, CD Deutsche Harmonia Mundi 2009
Arminio [1] Arminio J.A. Hasse 1730 Milan
> air Cadrò, ma qual si mira
M. E. Cencic, Armonia atenea dir. G. Petrou – Rokoko, CD Decca 2014
L'Ippolito Attilia N. Jommelli 1731 Munich
> air Quando il flebil usignolo Partie A seulement. A. Hallenberg, Baroque Ensemble Musikdorf Ernen dir. A. Pesch – Captation de concert, Ernen 2016
Ottone [2] Ottone G.F. Haendel 1733 Londres
> airs Dolce sei, dolce mia vita * Un disprezzato affetto V. Kasarova, Il Complesso barocco dir. A. Curtis – Sento brillar, CD RCA
Arianna in Creta Teseo G.F. Haendel 1734 Londres
  Enregistrement au choix
Ariodante Ariodante G.F. Haendel 1734 Londres
  Enregistrement au choix
Il parnasso in festa Apollo G F. Haendel 1734 Londres
  D. Moore, The King’s Consort dir. M. Halls – CD Hyperion
Oreste Oreste G.F. Haendel 1734 Londres
  M. E. Nesi, Camerata Stuttgart dir. G. Petrou – CD MDG
Terpsichore Apollo G.F. Haendel 1734 Londres
  D. Lee Ragin, Cappella Savaria dir. N. McGegan – CD Hungaroton
Il Pastor fido [3] Mirtillo G.F. Haendel 1734 Londres
> airs Sento brillar * Caro amor


V. Kasarova, Il Complesso barocco dir. A. Curtis – Sento brillar, CD RCA
P. Eswood, Cappella Savaria dir. N. McGegan – CD Hungaroton, 1988
Alcina Ruggiero G. F. Haendel 1735 Londres
  Enregistrement au choix
Tito vespasiano Sesto J.A. Hasse 1735 Pesaro
> airs Opprimete i contumaci * Vò disperato a morte
> airs Se mai senti * Vò disperato a morte
M. E. Cencic, Armonia atenea dir. G. Petrou – Rokoko, CD Decca 2014
P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Siface Siface L. Leo 1737 Bologne
> air No, non vedrete mai M. E. Cencic, Il Pomo d'oro dir. M. Emelyanychev – Arie napoletane, CD Decca 2015
Demofoonte Timante C.W. Gluck 1743 Milan
> air  Sperai vicino il lido P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Semiramide riconosciuta Scitalce J.A. Hasse 1744 Venise
> air  Vorrei spiegar l'affanno Diletto musicale veneto – Johann Adolf Hasse nella Serenissima, CD 1999
Leucippo Leucippo J.A. Hasse 1747 Hubertsbourg
  V. Khoroshev, Concerto Köln dir. K. Junghänel – retransmission de représentation, Schwetzingen 2014
Orfeo Orfeo C.H. Graun 1752 Berlin


> airs Mio bel lume * Nel mirar la mia sventura
A. Plust, Akademie für alte Musik Berlin dir. R. Popken – retransmission de représentations, 2003
P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Récital hommage   divers    
  P. Jaroussky, Le concert d'Astrée dir. E. Haïm – The Story of a Castrato, CD Virgin Classics
Récital hommage   G.F. Haendel   Londres
  V. Kasarova, Il Complesso barocco dir. A. Curtis – Sento brillar, CD RCA