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Francesco BENUCCI

1745 – 1824

Aussi [Pietro]

Francesco Benucci est l'une des plus remarquables basses italiennes de son temps, essentiellement dans le registre comique alors en pleine vogue : originaire de Pistoia où il étudie et débute, Benucci arrive au bon moment, alors que l'opera buffa s'est développé et se teinte d'une sentimentalité et d'une liberté fruits du dialogue avec l'opera seria et l'opéra comique français. Le genre sérieux offre peu de débouchés pour une voix d'homme grave, mais les rôles comiques sont volontiers dévolus aux tessitures naturelles. Succédant ainsi à Carattoli ou Francesco Baglioni, et avec ses collègues Bussani et Stefano Mandini, Benucci s'illustre comme l'un des meilleurs titulaires de ce type d'emploi.
Les premières traces de ses prestations datent de 1768 à Livourne, notamment dans Il Filosofo di campagna de Galuppi. Après une tournée en Espagne, il chante en 1770 à Florence puis tous les théâtres italiens. Il est par exemple à Venise, Gênes et Bologne en 1778, reprenant dans cette dernière ville La Frascatana de Paisiello, une œuvre qu'il interprète un peu partout ensuite. Les années suivantes le voient essentiellement briller à Florence, Milan, Turin dans les opéras d'Anfossi, Sarti, Cimarosa (L'Italiana in Londra), Paisiello, Astaritta (Il Francese bizzarro) etc. En 1781, Benucci est à Rome et crée le baron Cricca dans Il Pittor parigino de Cimarosa. C'est l'occasion d'un premier séjour à Vienne, étrangement court, pour une raison inconnu ; mais la réputation du chanteur est ainsi déjà européenne. En 1782-83 il se produit donc à Milan, créant le fameux Fra i due litiganti il terzo gode de Sarti qui lui permet de retrouver Nancy Storace, ainsi qu'à Rome pour Le Avventure di Don Fallopio de Tarchi. Il retourne à Vienne, mais cette fois-ci l'empereur désire monter une troupe italienne, et des meilleures !

Francesco BenucciFrancesco Benucci s'impose donc tout naturellement comme un premier choix. Il est rejoint par la délicieuse Nancy Storace, ainsi que Stefano Mandini, Stefano Bussani et Michael Kelly. La très agile Catarina Cavalieri se joint également à la troupe, comme d'autres chanteurs germaniques (Saal, Teyber, Aloysia Lange...). On donne tout d'abord une nouvelle production de La Scuola dei gelosi de Salieri, et chacun l'admire, à commencer par Mozart qui écrit :
Voici que l’opera buffa italien a fait ici sa réouverture. […] le buffo est particulièrement bon, il s’appelle Benucci.
Le comte Zizendorf, dont les journeaux commentent fidèlement la vie musicale viennoise, évoque la basse avec éloges. Après un bref séjour à Rome en 1783, Benucci demeure donc à Vienne jusqu'en 1795 et devient un pilier de la troupe. Il brille dans les œuvres de Sarti (le fameux Fra di due litiganti...), Bianchi, Anfossi, Martín y Soler, Salieri, Paisiello (l'inusable Barbiere di Seviglia) etc. Lorsque l'empereur cherche à faire des économies en 1786, alors que l'Autriche est en guerre, il précise à l'administrateur du Burgtheater que Benucci « vaut plus que deux Storace. », opinion renouvelée au plus dur des combats en 1788, où il est même question de ne conserver que Benucci et les chanteurs allemands. Ce séjour à Vienne donne au chanteur l'occasion de fréquenter les meilleurs vocalistes, mais aussi des compositeurs comme Mozart, qui lui confie Figaro dans Le Nozze di Figaro, Guglielmo dans Così fan tutte avec la Ferrarese, et Leporello dans la première viennoise de Don Giovanni. Ces opéras ainsi que Una cosa rara de 1786, ou encore le pasticcio L'Ape musicale de 1789 sont de la fine plume de Lorenzo Da Ponte, poète impérial. Le plus grand succès local tient encore à la prestation de Benucci, qui assure le rôle titre d'Axur, re d'Ormus de Salieri en 1788. L'année suivante, la basse a la permission de se produire à Londres, par exemple dans La Vendemmia de Gazzaniga où il retrouve la Storace rentrée au pays. Néanmoins l'accueil n'est pas délirant et Vienne demeure le centre de ses activités, tant à la scène qu'en concert : il crée notamment Gioas d'Anton Teyber en 1786. Son dernier grand succès date de 1792, en comte Robinson du Matrimonio segreto de Cimarosa dans lequel brille Dorotea Sardi, dont la basse avait accompagné les débuts en Cherubino. Le spectacle plaît tellement que l'empereur fait bisser la représentation le soir même !
La troupe italienne est dissoute et la basse retourne en Italie où il chante encore pendant au moins cinq ans à Rome, Florence ou encore Milan et Livourne où il donne Le Pescatrice de Guglielmi en 1799. Francesco Benucci se retire à Florence où il termine sa vie.

Le Berliner musikaliche Zeitung détaille ses qualités en 1793 :
Il avait un talent rare que peu de chanteurs italiens possèdent ; il ne versait jamais dans l’outrance. Même lorsqu’il portait son art aux extrêmes, il gardait une mesure qui l'éloignait de la comédie vulgaire.
Il faut dire que Benucci sait lire la musique, est bien éduqué, discret : on ne sait rien de sa vie sentimentale. Il entretient peut-être une liaison avec la Storace lorsqu'elle est à Vienne, bien que Kelly rapporte la laideur du chanteur. Le ténor le cite tout de même comme le meilleur chanteur comique d'Europe... avec lui-même ! Benucci est peut-être également le père d'une certaine Francesca Benucci, employée à Vienne en 1789-90 (notamment dans L'Ape musicale) ainsi qu'en Italie.
Quant à savoir s'il était basse ou baryton, avec une étendue environ sol1 – fa3, le débat reste ouvert tant les parties chantées par Benucci sont variées et exigeantes (Rivolgete a lui lo sguardo conçu pour Così fan tutte en témoigne).

I Contrattempi Frasconio G. Sarti 1778 Venise
> réc. et air Penso, che per morire M. Rose, Archangelo dir. J. Cohen – Arias for Benucci, CD Hyperion 2015
Il Pittor parigino Barone Cricca D. Cimarosa 1781 Rome
  J. Gregor, Salieri Chamber Orchestra dir. T. Pal – CD Hungaroton
Fra i due litiganti il terzo gode Titta G. Sarti 1782 Milan
  B. Praticò, orchestre du théâtre communal de Bologne dir. P. Olmi – captation de représentations, Bologne, 1986
I Due baroni di Rocca Azzura Don Demofonte D. Cimarosa 1783 Rome
  Orchestre de chambre de l'opéra de Prague dir. D. Sanfilippo – CD Bongiovanni
Il Re Teodoro in Venezia Taddeo G. Paisiello 1784 Vienne
  Orchestre de la Fenice dir. I. Karabtchevsky – CD Mondo Musica 1998
Lo Sposo deluso Bocconio W. A. Mozart 1784 Vienne
[quatuor et air] Enregistrement au choix
La Grotta di Trofonio Trofonio A. Salieri 1785 Vienne
  C. Lepore, Les Talens lyriques dir. C. Rousset – CD Naïve
Una cosa rara Titta V. Martín y Soler 1786 Vienne
  Le Concert des nations, Capella Real Catalan dir. J. Savall – CD Astrée 1991
Il Burbero di buon cor Ferramondo V. Martín y Soler 1786 Vienne
  C. Chausson, Orquesta Sinfónica de Madrid dir. C. Rousset – DVD Dynamic, 2009
Le Nozze di Figaro Figaro W. A. Mozart 1786 Vienne
  Enregistrement au choix
Gli Equivoci Dromio ? S. Storace 1786 Vienne
[Version anglaise The Comedy of Errors, adaptée ?] BBC Northern Symphony Orchestra dir. S. Bedford – retransmission radio 1977
Axur, re d'Ormus Axur A. Salieri 1788 Vienne


> air Idol vano d'un popol codardo
A. Martin, Orchestra Filarmonica di Russia dir. R. Clemencic – CD Nuova Era 1789
M. Rose, Archangelo dir. J. Cohen – Arias for Benucci, CD Hyperion 2015
Per queste tue manine Leporello W. A. Mozart 1788 Vienne
[Duo d'insertion] In Don Giovanni, Mozart. Enregistrement au choix
Rivolgete a lui lo sguardo Guglielmo W. A. Mozart 1790 Vienne
[Air supplémentaire] In Così fan tutte, Mozart. Enregistrement au choix
Così fan tutte Guglielmo W. A. Mozart 1790 Vienne
  Enregistrement au choix
Il Matrimonio segreto Robinson D. Cimarosa 1792 Vienne
  Enregistrement au choix
Récital hommage Divers    
  M. Rose, Archangelo dir. J. Cohen – Arias for Benucci, CD Hyperion 2015